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[1]/14 Encart a.

11 janvier 1723

Très honoré prince d’Empire, Votre Altesse, Monseigneur,
Je rapporte très humblement à Votre Altesse que mardi nous ne sommes arrivés ici à Mannheim que vers midi en raison de l’état des routes, fort mauvaises, et comme M. von Sickingen était à la cour, et ne venait que samedi, j’ai remis directement votre lettre : le directeur des Bâtiments m’a donc montré le chantier ainsi que les plans : vendredi, j’avais déjà été voir les bâtiments par moi-même, et je dois dire qu’on a beaucoup avancé dans leur construction : à savoir le corps de logis, sauf au milieu la salle principale et le grand escalier qui n’ont pas de toit ; mais à côté de ceux-ci, il y a deux moitiés d’ailes qui sont déjà couvertes, et toutes les fondations sont érigées. En effet, tout est en maçonnerie, et non en pierres de taille, et bien que, pour le corps de logis, il y ait une ornementation architecturale entre les fenêtres, les pilastres du rez-de-chaussée ne font qu’un étage de hauteur et sont similaires aux pilastres supérieurs qui s’étendent sur l’étage principal et la mezzanine ; mais ayant la même largeur, ceux du bas sont trop courts
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et ceux du haut trop longs, et ils ont l’air tassé entre les fenêtres, sans avoir l’air de respecter aucune règle d’architecture.
Les pierres, que ce soit pour les pilastres ou bien les encoignures, sont des pierres de taille, mais on prend les pierres comme elles tombent sous la main, petites, grandes, blanches, grises ; toutes les fenêtres, qui font 6 pieds de largeur et 10 pieds de hauteur pour celles du bas, et 6 pieds de largeur et 12 pieds de hauteur pour celles du haut, sont habillées. Tous ces habillages sont faits de trois pierres. La plus petite, en particulier, est celle qui forme une jointure avec le mur et se trouve au centre, et dont les joints ont un tel décalage que du crépi doit remplacer le badigeonNote: Le terme tinnger dans l’original allemand est employé pour Tünche qui signifie « badigeon ». (Nous remercions le professeur Dr. Georg Satzinger, Kunsthistorisches Institut der Universität Bonn, pour son aide). ; la couleur de la pierre dépend de ce qui tombe sous la main ; il y a un autre avantage, c’est que ces pierres sont transportées sur le Neckar, durant mon voyage j’ai vu beaucoup de carrières à ses abords. Il n’y a pas de cave ni de soubassement, mais les murs sont très épais. Un pavillon est également terminé, avec un toit en forme de coupole, bien plus haute que ce qu’a dessiné M. Johann Lucas von Hildebrandt. Il a déjà été couvert d’ardoises, mais on va détruire tout cela pour y mettre une balustrade bien à l’horizontale et une galerie.
[3]36
J’en ai beaucoup parlé avec le capitaine pendant la journée. On m’a également montré la maquette d’architecte où l’on voit très clairement tout cela. On travaille aussi au cadre des fenêtres et aux volets, ainsi qu’aux essais pour les portes. Les fenêtres, dont un carreau fait 17 pouces de haut et 13 de large, comportent 4 carreaux sur la largeur et 7 sur la hauteur, sont à deux battants, comme des portes ; un battant comporte 7 carreaux dans la hauteur et 2 carreaux dans la largeur. Une bonne partie des cadres a déjà été fabriquée, ainsi que les volets, mais pas une seule serrure n’est terminée.
J’ai réussi à obtenir que les directeurs de la résidence aussi bien que des fortifications acceptent de m’envoyer ce que je souhaiterai ; en échange, ils pourront profiter de mes services, et après que, hier, Son Altesse et toute sa cour ont vu avec très grand plaisir les plans de la résidence de Votre Altesse, et sont restés trois quarts d’heure à me demander force détails sur la hauteur des pièces, de la grande salle, des fenêtres, etc., Son Altesse ainsi que le directeur ont posé également des questions, notamment sur la grande salle
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et ses dimensions, la largeur et la hauteur étant identiques : la hauteur, en revanche, ne fait que 37 pieds, et les fenêtres sont comme les autres, mais au bel étageNote: À l’étage noble. elles descendent jusqu’au sol « à la Maintenon », étant donné qu’il y a une galerie qui fait tout le pourtour à l’extérieur. Son Altesse a alors demandé devant tout le monde pourquoi ma salle n’a pas des fenêtres plus hautes et plus larges ; je vous laisse le soin d’y répondre. Ils ont également examiné longuement les plans des pièces et de la charpente au compas ; Son Altesse me déclara personnellement qu’on avait également ôté le premier toit recouvrant les ailes, qui était haut et à pan coupé, et que désormais le nouveau toit était plus plat comme sur le dessin du nôtre. Après cela, Son Altesse m’a quitté en me remerciant. M. von Sickingen viendra de Mannheim pour apporter les plans à Wurtzbourg.
J’aurais bien montré davantage. Cet après-midi ou demain aux aurores je partirai d’ici, et j’ai l’intention de faire aujourd’hui plus ample connaissance avec leurs plâtriers ; leur travail est excellent, très beau, et j’ai l’impression qu’il y a là 3 maîtres qui s’entendent très bien.
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Et c’est pourquoi, en plus d’autres choses, je voudrais examiner leur travail. Je pourrais certes vous écrire bien plus de choses, mais je ferai à Votre Altesse mon très humble rapport de vive voix à mon retour, et je serais très obligé à Votre Altesse si elle pouvait conserver jusque-là les lettres et rapports de son serviteur ; je ne puis y mettre assez de détails, mais votre serviteur pourra lui en parler davantage.
Notre maître de chapelle a trouvé ici beaucoup d’amis, je le renverrai à la prochaine occasion afin qu’il puisse retourner bientôt à Wurtzbourg ; je pense que, s’il n’était pas aussi honnête qu’il ne l’est et s’il n’avait pas autant de plaisir à être au service de Votre Altesse, on pourrait facilement l’attirer ici ; par curiosité, je suis resté le soir, lorsque j’étais disponible, en sa compagnie, et j’ai bien remarqué que cet endroit l’attirait ; mais comme il me semble honnête, il n’y a aucun danger, car beaucoup de musique d’ici a été composée par lui.
Sur ce, Votre Altesse, je reste ma vie durant, avec mon profond respect, votre humble serviteur.
Balthasar Neumann
[6]3737 (ad)addendum 14. Encart a.

Coupole d’un pavillon qui sera détruit comme indiqué dans la lettre.

[7]371
[[Esquisse d’une partie d’une façade du château de Mannheim]]
[8]15) Encart a.

17 janvier 1723

Très honoré prince d’Empire, Votre Altesse, Monseigneur,
Je n’ai pu mettre tout ce que je voulais dans mon dernier rapport à Votre Altesse ; en effet, je suis encore resté lundi à Mannheim, car il y avait encore des choses dont je voulais m’assurer, et qu’il était important de voir, à savoir : tout d’abord, j’ai été revoir les fenêtres qui avaient été faites, j’ai également vu la confection de leurs ferrures et des verrouillages des volets, puis je suis allé voir le menuisier ébéniste qui possède les maquettes et modèles de ces fenêtres et volets, y compris leurs ferrures, je les ai examinés et dessinés car cet homme a beaucoup d’ingéniosité ; nous avons beaucoup débattu et parlé là-dessus, pour voir si on pouvait les faire encore autrement, afin de pouvoir dissimuler les tiges de fer qui ferment les fenêtres et les volets, et en particulier les fenêtres qui font justement cette taille et n’ont que deux battants, et la chose la plus curieuse est que les fenêtres sont fermées en haut, en bas et au milieu, ainsi que les volets, afin d’éviter une torsion des volets et des battants, pour que la fermeture soit complète et que l’ouverture puisse se faire par une légère pression, de manière aisée ; de plus il m’a montré le modèle d’une serrure de cabinet, dont M. von Sickingen vous a parlé : sa particularité est qu’il a deux clefs pour le fermer.
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L’une des clefs, que le propriétaire veut garder, sert à fermer le cabinet et à enclencher le mécanisme de sécurité ; ainsi il est verrouillé de sorte que l’autre clef n’ouvre plus mais tourne à vide ; une fois le mécanisme déclenché par un non initié, la serrure libère une petite décharge qui touche la personne ; de plus, si on essaie de tourner la poignée pour ouvrir le meuble, un élément tranchant sort de la poignée et transperce la main ; en outre, si on laisse traîner la clef, on peut voir à combien de reprises la serrure a été ouverte. Sinon j’ai vu encore bien d’autres choses assurément habiles.
On m’a donné les plans du rez-de-chaussée sous l’étage noble ainsi qu’une élévation en perspective, on me donnera également les plans des fortifications et j’ai fait la connaissance de l’ingénieur des lieux.
Je puis assurer Votre Altesse que je ne connais pas de plus beau travail de stuc pour les feuillages, pas tant pour les proportions que pour les bas-reliefs et les figures sur les corniches ; on devrait fondre cela dans du métal et je regrette que ce travail abouti ne puisse être suffisamment apprécié d’en bas.
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Il y a probablement 9 maîtres qui y travaillent, j’ai regardé les réalisations de chacun et fait la connaissance de ceux qu’on pourrait choisir. Il y en a un ou deux qui maîtrisent la façon de composer des histoires, qui sont encore plus rapides à modeler la terre que M. Curé et qui sont talentueux ; celui qui a longtemps fréquenté l’Académie et qui est le meilleur m’a donné des explications par écrit. La seule critique que je pourrais faire c’est qu’ils font 1 000 et une choses au plafond ; ils m’ont dit qu’ils faisaient cela contre leur gré, mais qu’on voulait que ce soit comme cela ; je devais juste leur donner les mesures, et ils allaient élaborer beaucoup d’esquisses et d’inventions ;
j’ai pris alors congé de M. von Sickingen et je lui ai expliqué que jusqu’à ce qu’on puisse les faire travailler à Wurtzbourg on aurait suffisamment de temps et on pourrait s’arranger sans problème avec ces gens.
De là je suis allé à Philippsbourg, j’y ai déposé l’argent et le mardi suivant,
comme on n’était qu’à 2 heures et demie de distance, je suis allé de nuit à Bruchsal. J’ai dit que ce n’était pas mon intention première de prendre cette route, mais comme cela s’est fait en raison de la proximité de Philippsbourg, j’ai demandé très humblement audience à Son Éminence le prince-évêque, qui voulait voir les plans de Wurtzbourg
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envoyés la nuit même par le chef d’atelier de Wiesentheid.
Le lendemain matin, alors que la chasse avait commencé, j’ai été appelé à la cour : j’ai tout expliqué et montré ce qu’il fallait aux gens de Bruchsal ; lorsque Son Éminence le prince a pris place, j’ai dessiné les constructions ; il m’a posé des questions sur beaucoup d’aspects de ces bâtiments, et j’ai dit très humblement mon opinion, ce qui lui a fait plaisir et il a continué son chemin pour aller à la chasse ; j’ai pris très humblement mon congé, et il m’a fait le présent de beaucoup de médailles. Son Éminence a ensuite ordonné, comme la chaiseNote: Le carrosse. était déjà là, que je voie les allées principales percées pour permettre de chasser pendant 5 à 6 heures.
Le bois est utilisé pour la construction et d’autres choses ainsi que pour le canal et l’aménagement des écluses. J’ai vu les salines et la carrière de pierre avec le chef d’atelier et charpentier Stahl, et le soir vers cinq heures j’ai poursuivi mon voyage et le 15 au matin je suis arrivé à
Kehl chez le général von Roth ; certes, malgré l’ordre de Votre Altesse, sa lettre d’introduction n’était pas encore arrivée, mais j’ai pu transmettre le compliment de Votre Altesse ainsi que deux lettres également adressées à Mme la générale par M. von Sickingen.
Ainsi j’ai pu voir tout de suite les fortifications et les dommages causés par le Rhin
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à la forteresse. J’ai appris que M. le colonel von Welsch et M. Ulmann de Mayence ont deux opinions différentes. Pour ma part, j’ai dit que ce serait plus facile de débuter à l’endroit où le Rhin commence à s’infléchir, et où le courant semble plus faible, afin d’en faire progressivement diminuer la force – nous avons vu hier ce courant au début du tronçon et l’avons observé une seconde fois. J’ai pris mon congé et suis parti tout de suite pour Strasbourg.
Son Excellence M. le général et Mme la générale transmettent à Votre Altesse l’expression de leur plus humble respect, et remercient Votre Altesse de son souvenir. Ils vont également me donner une lettre pour Son Éminence le cardinal de Rohan à Paris ; Son Éminence le prince à Bruchsal m’a également offert d’envoyer une lettre.
Aujourd’hui, grâce au général von Roth, je vais voir ici la citadelle et d’autres choses encore. Sinon j’ai pris des renseignements et me suis présenté à qui de droit ; en tout cas je vais demander une lettre de change pour Paris : le moyen le plus sûr pour cela est de m’adresser au fils de feu M. Benjamin Metzler à Francfort, qui pourra la transmettre à MM. Kornmann frères et Compagnie ici à Strasbourg, lequels pourront la transmettre après à Paris, ce qui est un moyen très fiable.
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J’ajouterai que la voiture de poste sera là mardi ; je me suis bien informé, elle est en voyage pendant 15 jours. J’ai donc résolu de confier quelques affaires à la voiture de poste et de partir d’ici avec le cheval de poste demain le 18, si Dieu le veut, pour aller à Saverne, et je continuerai par Lunéville puis Nancy. À Paris, même si je ne dois pas y rester, je pense que je logerai au faubourg Saint-Germain à l’hôtel de Tournon, et dès que j’y serai arrivé, je vous enverrai mon très humble rapport et avec une adresse plus précise.
Je demeure, toute ma vie, avec le respect le plus profond, de Votre Altesse, le plus humble et cher serviteur.
Balthasar Neumann

J’ai eu cet après-midi l’occasion de visiter la citadelle et depuis les remparts toute la fortification avec un capitaine, ainsi que les constructions qui se font actuellement, le magasin aux poudres, l’arsenal et tout ce que j’ai demandé à voir, et j’ai pris des notes là-dessus.

[14]4141 (ad)addendum 15. Encart a.

12 pieds
6 pieds
10

[15]16) Encart a.

21 janvier 1723

Très honoré prince d’Empire, Votre Altesse, Monseigneur
,
Votre Altesse aura sans doute reçu ma très humble lettre de Strasbourg datée du 17. Étant arrivé le lundi 18 à Saverne, j’y ai visité aussitôt le jardin et le château dont je joins une esquisse approximative. Sur l’extérieur, il n’y a pas d’élément architectural notable sauf 2 frontons sur le jardin, l’un au-dessus du portail d’entrée, que j’ai signalé sur le plan, l’autre au-dessus d’une sortie menant au jardin et traversant le fossé. Les plus beaux éléments du jardin sont la grande pièce d’eau et la grande cascade qu’alimente toute une rivière ; le haut du jardin, où j’ai esquissé quelques chemins, est recouvert d’allées et d’arbres avec au milieu un obélisque de pierre.
Les intérieurs du bâtiment m’ont vraiment beaucoup plu : en premier lieu, à l’entrée ou au travers de la colonnade, puis dans le vestibule menant à l’escalier, on a comme une sala terrana avec des colonnes ; les premières marches de l’escalier, par leur grande largeur, correspondent tout à fait à l’escalier de la résidence de Votre Altesse. Au lieu d’une balustrade, on a des grilles de fer ouvragées, et à deux endroits, en bas et en haut, des galeries longeant l’escalier comme je l’ai indiqué sur le 2e plan. Après être entré
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dans la salle, on a une arcade ouverte, marquée par un C, menant à une 2e salle ; cette dernière est dotée d’éléments d’architecture, avec des colonnes dégagées et des ornements dorés ; les murs sont certes en bois, mais tous en blanc, les moulures étant dorées, mates et polies. Les autres pièces sont recouvertes de tentures ; les lambris font tous 3 pieds 4 pouces ou 3 pieds 1/2 de haut ; les autres cabinets sont presque tous lambrissés de bois avec des ornementations sculptées et dorées. Les fenêtres sont fermées par de grands volets, et l’ouvrage est excellent, que ce soit celui des serruriers ou des menuisiers, en particulier celui des serrures de portes. Les portes font presque partout 12 pieds de haut, dans la grande salle elles font 13 pieds de haut et 6 de large. J’ai montré tout cela en détail dans mon dessin, auquel j’ai ajouté des chiffres pour qu’on puisse les utiliser.
Puis, avant-hier, je suis allé à Lunéville ; ici, j’ai trouvé également 3 passages égaux qui se ressemblent tous, ornementés de 4 colonnes dégagées toutes simples, qui vont du sol jusqu’à la corniche supérieure, l’escalier ne fait que 9 pieds et il comporte aussi 57 marches. Le corps de logis est court et entre les ailes on n’a que 9 fenêtres.
Ces messieurs sont ici, et hier soir j’ai encore parlé à M. von Pfütschner et transmis le compliment de Votre Altesse.
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Il voudrait faire sa cour au printemps et venir avec plusieurs chiens de chasse ; après une longue discussion il m’a demandé si j’avais sur moi les plans de la résidence ; j’ai répondu que je les avais sur moi, que je voulais bien les lui montrer, et qu’il pouvait les présenter aux propriétaires des lieux ; je lui ai donc laissé les plans le soir et ai rendez-vous ce matin. Je raconterai bien humblement à Votre Altesse ce qui s’est passé, mais je le ferai de Paris.
Sinon, ici à Nancy, la résidence en construction est d’une qualité et d’une richesse bien supérieures à ce qu’on voit à Lunéville : on a ici 5 portails d’entrée et une cour avec des colonnes dégagées et 2 balcons superposés ; cependant les colonnes sont simples, alors que dans la résidence de Votre Altesse elles sont doubles, ce qui a toujours été très apprécié de tous ; j’espère que mon voyage, si Dieu le veut, va bien se dérouler.
Avec ceci, je reste, ma vie durant, avec mon très humble respect, de Votre Altesse, le plus humble et cher serviteur.
Balthasar Neumann
[18]4444

petite cascade

120 pieds

largeur

sur une ligne

jardin arboré

un grand lac

canal

canal

jardin pas encore aménagé

bosquet

20

terrasse

obéli-

sque

40 pieds

haie

terrasse

20

haie

terrasse

D

ponts

fossés autour du château :

fronton

fronton sur cours

château :

[19]44 (ad)addendum 16 – Encart a.

Projet pour le château de Saverne de Son Éminence M. le cardinal de Rohan, l’entrée A est belle ; et on doit traverser la colonnade et le vestibule B pour accéder au degré principal ; ce degré compte 23 marches comme l’indique la flèche et conduit vers la salle ; cette salle est longue de 80 pieds ; et l’arcade C mène à l’autre salle aux colonnes cannelées de bois avec des ornements dorés, les murs blancs avec des ornements dorés. La façade extérieure est ordinaire, avec 2 frontons seulement. Comme évoqué sur les plans ci-joints, un pont-levis mène, sous la lettre D, hors de la chambre.

galerie

12 pieds

C

galerie

premier étage

fossé

A.

B

12 pieds

rez-de-chaussée.

fossé

cour.

autre

cour.

fossé.

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Le 7 février 1723

Très honoré prince d’Empire, Votre Altesse, Monseigneur
,
Je rapporte très humblement à Votre Altesse que, depuis que je suis arrivé à Paris il y a quelques jours, j’ai tout d’abord pris le temps de visiter les lieux, en commençant par les grands bâtiments : les églises, aussi bien l’extérieur que l’intérieur, ainsi que de nombreux palais non seulement l’extérieur mais aussi leur distribution intérieure, ce qui fait que je peux m’en faire une meilleure idée et par là même mieux l’expliquer ; hier matin je suis allé à Versailles, et après avoir vu Sa Majesté prendre son repas ainsi que la reine par la même occasion, j’ai visité la galerie et l’appartement donnant sur le côté où se trouve le bel escalier principal, et continué ma visite autant que le temps me le permettait ; ensuite, je suis allé à Marly où j’ai vu la machine en fonction dans le fleuve, et l’acheminement de l’eau sur les hauteurs.
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J’ai été surpris par la nuit, si bien que je suis retourné à Versailles, et qu’aujourd’hui, dimanche matin, j’ai parcouru le jardin et toutes ses parties,
puis j’ai transmis à Son Éminence la lettre remise par M. von Roth ; là, on m’a dit qu’elle voulait me parler. Comme l’heure était déjà arrivée où le roi se rendait à la chapelle pour assister à la messe, et qu’il y avait grande foule de cavaliers, prélats et chanoines, je n’en ai pas eu l’occasion. Dans la chapelle, le roi, du rez-de-chaussée, et la reine, du célèbre petit oratoire de la tribune, écoutaient la musique de la messe ; à la fin de la messe le roi a quelque peu pâli et s’est senti un peu mal, et on est tout de suite venu lui porter assistance avec un onguent et d’autres remèdes, cela n’a duré que le temps de deux ou trois Pater Noster. Puis il est sorti de l’église et il s’est trouvé tout de suite mieux,
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et à midi il a déjeuné en public ; pour ma part, je suis allé chez l’infante d’Espagne ou infante-reine qui déjeune aussi en public ;
j’ai de nouveau passé l’après-midi dans le jardin et je suis allé à Trianon. Là, j’ai examiné de près le bâtiment de l’intérieur et de l’extérieur, et j’ai aussi inspecté les jeux d’eaux.
Le soir, je suis allé voir le marquis de Livry, à qui j’ai remis le compliment de Votre Altesse ; il a eu la grâce de m’accorder un long entretien ; il se souvient très bien de Votre Altesse et se recommande très humblement à elle ; il m’a offert de m’aider là où je le lui manderais, et il voulait me faire visiter d’autres appartements que ceux du roi et d’autres encore en y affectant quelqu’un pour ce faire. En ce qui concerne
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Son Éminence le cardinal de Rohan, je dois continuer à guetter le moment opportun.
Demain lundi j’irai derechef à Marly pour y visiter les jardins et tout ce qu’on peut y voir. Je trouve moult choses qui sont fort utiles ou qui me semblent désormais plus faciles que par le passé, par exemple je saurai tout à fait comment réaliser des colonnes dégagées avec architrave et corniche, si on avait besoin de faire des galeries et des colonnades ; à ce jour je n’ai pas rencontré de difficultés à voir ce que je voulais.
J’ai aujourd’hui l’intention de retourner à Paris, où j’ai dessiné une voiture pour 4 et 2 personnes ; mais comme il n’a pas été possible de revenir si vite de Versailles, et comme je n’ai pas le dessin sur moi,
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je l’enverrai très respectueusement par la poste ; et puis je vais me mettre à la recherche du jeune sieur de Reigersberg, de Mayence, et faire sa connaissance, puisqu’il a reçu de Son Altesse le prince-électeur de Mayence la mission de faire fabriquer une voiture à Paris. Je vais m’informer pour savoir comment on construit un carrosse et chercher de bons dessins, et j’en achèterai un qui soit déjà fabriqué, ayant déjà servi et d’un prix raisonnable ; je ne sais encore rien là-dessus, mais, sans vouloir présumer de mon humble position, j’ai déjà commencé à chercher de bons systèmes de suspension avec des ressorts en acier pour les voitures de grande et de moyenne dimension, ainsi que des toitures, des portes, des pièces de ferronnerie, des poignées, des harnais et des rênes, et à partir de ces éléments je vais faire fabriquer une voiture qui pourra servir de modèle.
Après avoir fait cette semaine le tour de ce qui existe, je vais commencer à travailler
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avec les architectes et leurs collègues, et je pense, si Dieu le veut, avoir beaucoup de travail pendant un mois jusqu’au 10 ou 12 mars, pour arriver à un résultat qui corresponde à vos intentions. Je crois aussi pouvoir obtenir d’ici un passeport garanti, qui me permettra, si Votre Altesse a la grâce de l’ordonner, de rentrer en passant par les fortifications des Pays-Bas. Cela ne me causera aucune difficulté ni ne me demandera d’effort particulier, je saurai bien agir selon nos vues et de manière adaptée, ou bien je suivrai une autre route, si Votre Altesse l’ordonne ainsi.
J’ai remarqué ici cent choses faites en marbre blanc, des statues, des vases, des éléments d’architecture et d’autres choses de ce genre, mais je vois
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que la plupart ont des veinures et des taches grises, je vais faire la connaissance des maîtres artisans d’ici pour savoir de quelles carrières proviennent ces marbres ; j’imagine que c’est parce qu’on a aussi d’autres carrières de marbre blanc près de Gênes et ses environs, par lesquelles on se laisse souvent tromper ; en revanche, quand on a recours au marbre suffisamment fin de Gênes, le résultat est assez beau ; il y en a d’ailleurs beaucoup, et c’est pourquoi je veux examiner tout cela de plus près. Sinon, j’ai noté nombre de choses, et je ne passe pas une seule heure dans l’oisiveté.
Sa Majesté le roi se rendra le 15 de ce mois avec toute la cour à Paris pour entrer au parlement pour la première foisNote: Le jeune Louis XV avait déjà tenu à plusieurs reprises un « lit de justice » au parlement de Paris. ; les préparatifs sont en cours
et il restera 5 jours à Paris ;
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ensuite il retournera à Versailles, où il restera. M. d’Iberville est également à Paris, je me rendrai chez lui. Sur ce, avec mon plus humble respect, ma vie durant, je reste, de Votre Altesse, le plus humble et fidèle
Balthasar Neumann.

Mon adresse est, comme je l’ai indiqué dans ma lettre du 1er passéNote: À ce jour, nous n’avons trouvé aucune lettre de Neumann à son maître datant du 1er du mois ; voir Friedrich 2006, p. 63. Dans sa lettre du 17 janvier, Neumann exprime son intention de s’installer dans l’hôtel des Ambassadeurs, rue de Tournon., attenant l’hôtel de Tournon chez M. Graides, barbier à la foire Saint-Germain.

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Très honoré prince d’Empire, Votre Altesse, Monseigneur
,
J’aurais bien envoyé mon très humble rapport à Votre Altesse par la poste de mercredi ; mais comme je n’avais pas eu assez d’informations de Son Éminence le cardinal de Rohan, car j’ai dû attendre jusqu’à aujourd’hui,
et après avoir été lundi dernier pour la deuxième fois à Marly et avoir vu la machine à eau s’y trouvant, que j’ai étudiée de fond en comble et sur laquelle j’ai pris des notes,
je lui ai rendu très humblement visite mardi ; on m’a demandé après un certain temps si j’avais les plans sur moi, dont M. le général von Roth avait parlé dans sa lettre, annonçant qu’il s’agissait des plans de la nouvelle résidence de Wurtzbourg, j’ai répondu très humblement par l’affirmative et les lui ai remis sur-le-champ ; son Éminence s’est attardé longtemps sur ceux-ci, et bien qu’il y ait les chiffres, il a pris son compas et examiné les détails ; il a alors dit que cela serait un beau et grand bâtiment, et a ajouté que ce serait dans le goût italien, notamment pour les fenêtres de l’entresol ; comme entre-temps j’avais transmis le compliment de Son Éminence princière, le cardinal de Spire,
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il me remercia et rajouta : « M. le cardinal de Schönborn est mon bon ami ». Son Éminence princière de Bruchsal avait certes eu la bienveillance de me faire savoir qu’il écrirait à Son Éminence le cardinal de Rohan, mais il a apparemment omis de le faire. Après cela, il me dit que si je le désirais, il pouvait faire venir les architectes du roi afin qu’ils pussent me donner leur avis là-dessus, et il m’a mandé de venir jeudi dernier. Je suis alors allé à Paris, et j’ai pris avec moi le reste des plans ; et comme on me l’avait ordonné, je suis venu lui présenter bien humblement mes hommages : Son Éminence avait bien voulu se donner la peine de demander à M. de Cotte l’Ancien de bien vouloir donner son sentiment là-dessus ; j’ai donc présenté et expliqué le tout. Son Éminence a ordonné à son valet de chambre de rester avec nous et d’expliquer, ce que je ne pouvais faire, en français, car Son Éminence ne parle pas l’allemand. Après que M. de Cotte et son fils, qui possède des qualités égales à son père, ont examiné les plans, ils ont dit que visiblement beaucoup d’éléments étaient faits à la manière italienne et qu’il y avait quelque chose d’allemand.
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M. de Cotte ajouta cependant que comme la demeure était très grande, il n’y avait certes rien à dire sur son bâtiment principal, mais que l’escalier était trop étroit et trop petit, de même pour l’autre appartement donnant sur le jardin ; les deux premières pièces après la salle étaient trop petites et il faudrait réunir la seconde à la première pour en faire une seule ; il ajouta que la salle d’audience était bien faite, mais que la chambre et le cabinet et donc tout le pavillon devraient former un grand cabinet, ce qu’il a indiqué à la mine de plomb, et encore d’autres remarques, et il me dit que quand il dessinait quelque chose à la mine de plomb c’était parce qu’il voulait y indiquer ses idées. Je répondis aussitôt que je ne manquerais pas de faire sans tarder 2 plans. Nous en sommes restés là et avons convenu que dès que je les aurais exécutés et les lui aurais remis, nous pourrions travailler dessus. Son Éminence dit que ce serait la meilleure solution, m’offrit également du papier et s’est montré très enthousiasmé.
Je retournai aussitôt à Paris, j’ai remis la lettre de M. von Ritter à son frère, et j’ai pensé que lui ou quelqu’un d’autre pourrait m’aider contre rémunération ; mais ce dernier m’a dit qu’il était occupé à réaliser un plan à la peinture à l’huile et qu’il n’avait personne à disposition ; je n’ai donc pas fait de long procès et pendant la nuit j’ai confectionné 2 plans
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et les ai apportés à Versailles, où j’ai à nouveau parlé à Son Éminence, et j’ai transmis ces plans à M. de Cotte. Mais comme on lui avait donné l’ordre d’aller à Paris et qu’il devait y aller le même jour, il a été très poli et m’a dit qu’il voulait travailler là-dessus avec moi à Paris, et donc je l’ai suivi de Versailles à Paris, ce dont j’ai auparavant informé Son Éminence, qui m’a fait la grâce de me répéter pour la 2e et la 3e fois que je n’avais qu’à exprimer mon souhait de voir telle chose ou telle personne et qu’elle m’aiderait en tout, et donc qu’il n’était pas nécessaire de prendre des engagements par ailleurs ; je vais donc suivre ses conseils qui me conviennent très bien, et il me tient à cœur à partir de maintenant que je fasse d’abord comme cela sans oublier le reste, car je veux concentrer mon attention tout d’abord sur le projet principal, et dès que cela sera terminé, je vous enverrai bien humblement le dessin de la chose.
Et si, sans vouloir présumer de mon humble position, Votre Altesse ou Son Éminence le prince-électeur de Bruchsal avaient l’intention d’envoyer une lettre, je m’imagine que Son Éminence s’en réjouirait grandement. Je déclinerai toute obligation envers M. de Cotte ainsi qu’envers M. le cardinal de Rohan jusqu’à ce que je reçoive d’autres ordres de Votre Altesse.
[32]
Vous trouverez ici le dessin d’une chaise pour 4 personnes et pour deux personnes quand on ôte l’avant, comme je l’ai indiqué. Je me suis renseigné : il y a beaucoup d’autres voitures ici pour les ambassadeurs d’Angleterre et d’Espagne, et aussi pour celui de l’empereur. En raison de mes travaux actuels, je n’ai pas pu encore aller les voir, mais dans mon prochain courrier je vous en enverrai mon très humble rapport. Cette pratique est communément celle qui est la plus répandue ici, et facile à mettre en œuvre.
La santé de Sa Majesté le roi est rétablie, il va prendre demain encore un peu de médecine et donc il ne viendra pas le 15 à Paris, on pense qu’il fera le voyage le 23 ; on n’en est cependant pas encore certain.
J’ai entre autres, comme j’en avais eu l’occasion, montré les plans de Mannheim à M. de Cotte, mais il ne s’est pas attardé longtemps dessus, il a secoué la tête et n’a fait aucun commentaire. Après avoir fini mon travail, je montrerai les plans à M. de Boffrand pour entendre son avis, étant donné que non seulement M. von Erthal, mais aussi du côté de Nancy, on m’a recommandé d’aller le voir. Mais je ne le ferai pas maintenant, afin de ne pas semer la confusion et que M. de Cotte ne l’apprenne pas ; j’ai donc gardé les lettres sur moi, puisque M. de Boffrand est le premier architecte
[33]
de Nancy ; Son Altesse royale à Nancy m’a cependant dit en aparté que ce n’était pas M. de Boffrand qui était le meilleur architecte mais bien M. de Cotte et son fils ; je pense donc m’être adressé à la bonne personne, et M. de Cotte a offert à M. le cardinal de Rohan d’écrire et de tenir la correspondance nécessaire, et les idées qu’il pourrait avoir sur ce projet seront soumises au bon vouloir de Son Altesse de Wurtzbourg, qui pourra choisir et suivre ce qu’elle voudra parmi ces propositions ; il a offert son savoir sans intérêt aucun.
Sur ce, en me recommandant très humblement à Votre Altesse, je reste ma vie durant, de Votre Altesse, le très humble et fidèle serviteur.
Balthasar Neumann

Votre Altesse me pardonnera la rapidité de ma lettre, je loge encore à l’adresse qu’elle connaît.

[34]N. 1

N. 1 est une commande d’un carrosse pour 4 aussi bien que 2 personnes et je note une différence à la lettre A : pour la plupart, on fait un renflement pour qu’il y ait plus de place au sol sur toute la longueur ; les chiffres indiquent aussi bien les dimensions des roues que celles du carrosse.

5 pieds 8 pouces

2 pieds 2 pouces

5 pieds 4 pouces

5 pouces

siège

4 pieds 4 pouces

4 pieds

cuir

les deux axes d’un seul tenant

hauteur de la roue 5 pieds 21/2 pouces

2 pieds 8 pouces

pouces

mesure de Wurtzbourg.

pieds

[35]N° 2 (ad)addendum 19 – Encart B

Un tel carrosse pourrait aussi s’utiliser convenablement comme chaise à porteurs ; depuis, j’en ai vu une à Versailles ; le fond de la caisse sous lequel passe les courroies des deux côtés doit être renforcé pour qu’il soit plus arrondi et s’adapte mieux aux courroies.

4 pieds 7 pouces 
A A 
4 pieds 1 pouce
E ; B ; F ; B ;
3 pieds 1 pouce ;
D C C D

Numéro 2 est la partie avant où se trouve la vitre et cette vitre est toujours fixe, afin qu’elle ne puisse pas aisément tomber ; est montré à la lettre A dans ce dessin comment le carrosse est revêtu à l’intérieur ; la lettre B montre l’attache qui sert à le stabiliser sur les 4 côtés ; C désigne également l’attache qui entoure les poutres des axes et amortit le choc. D désigne les axes qui sont montrés dans l’autre dessin, N° 1 en longueur ; le E montre la moulure sculptée qui entoure tout le carrosse et qui est donc saillante ; F désigne la partie à peindre.

[36]N.(19. - [...] Encart a-c.53

17 février 1723

Très honoré prince d’Empire, Votre Altesse, Monseigneur
,
Je rapporte bien humblement à Votre Altesse que je me suis entre-temps certes informé discrètement et avec beaucoup de précision sur les carrosses et leur équipement ; mais ce faisant j’ai appris autre chose, à savoir qu’un ambassadeur d’Espagne, le duc d’Osuna, a encore 4 calèches, à savoir un grand carrosse officiel dont je vais vous parler davantage et dont je vous joins un croquis avec la largeur, la hauteur et la longueur, un carrosse en coupé pour 2 personnes, très beau et richement doré à l’or fin, avec à l’intérieur de la dentelle de velours rouge, les portes aussi bien que le plafond étant encadrés de point d’Espagne de 3 1/2 pouces de large, et le milieu du plafond et les 4 angles en sont recouverts ainsi que le coussin à l’intérieur, dont le pourtour est garni de franges dorées de 6 1/2 pouces de long, les garnitures des sièges du carrosse sont également recouvertes de point d’Espagne et ornées de franges comme les faces intérieures du carrosse. Toute la surface de la voiture, à l’extérieur, est richement dorée et ornée de peintures. L’arrière et l’avant sont entièrement dorés, les protections des suspensions, les courroies et les rênes sont de belles proportions et façonnées avec soin, comme neuves ; ce carrosse comprend un attelage de 2 chevaux, et inclut 3 vitres, une à l’avant et une de chaque côté. Tout cela coûte, sans les rênes de l’attelage, 5 000 francs, à savoir 946 thalers allemands.
[37]
La troisième voiture est une berline ou un coche ouvert pour 4 personnes, avec un attelage pour 6 chevaux, tout est également bien propre et beau, avec de nombreuses courroies dorées et pour accompagner proprement le tout, 7 fenêtres ou vitres ; l’intérieur est garni de velours rouge avec une bordure ajourée de 3 pouces de large, les franges habillent le pourtour du plafond, et sont, comme on le dénomme, pendantes. Tout est également réalisé avec beaucoup de soin. La garniture des sièges est décorée de franges comme le pourtour du plafond. Le prix s’élève à 4 000 francs sans les éléments de l’attelage, avec l’attelage cela fait 5 000 francs. Je pense, sans trop présumer de mon humble position, pouvoir obtenir le coupé avec ses 2 attelages pour 5 000 francs. En ce qui concerne la première voiture, dont je vous ai parlé bien humblement en premier, elle ressemble à l’esquisse approximative que je vous joins ; j’ai indiqué les mesures avec des chiffres, elle n’est pas trop grande ni inconfortable, et elle n’est pas petite non plus, et tout ce qui l’équipe est fait avec beaucoup de soin, il paraît qu’on ne l’a pas utilisée plus de 5 fois, si bien que tout est très propre et en très bon état, ce qui, sans vouloir présumer de mon humble position, correspond parfaitement aux intentions de Votre Altesse. L’attelage a été rapporté en Espagne ; mais je réussirai bien à obtenir des modèles pour les boucles et les brides, on en estime le prix à 10 000 francs, c’est-à-dire 1 886 thalers allemands et 14 1/2 batz,
[38]54
somme que M. Kornmann de Strasbourg peut m’envoyer à Paris par lettre de change.
Ces 3 voitures sont garées chez deux selliers, elles y sont mises en gage chez l’un pour 6 000 francs, chez l’autre pour 9 000 francs pour satisfaire à leurs créances. Votre Altesse aura l’obligeance, à la première occasion, de bien vouloir me donner les ordres nécessaires pour acquérir l’une ou l’autre calèche, et de me fournir une lettre de change par l’intermédiaire de M. Metzler à Francfort qui la transmettra à Strasbourg à la compagnie de M. Kornmann et de là elle sera remise à M. Kornmann, banquier dans la rue Saint-Martin à Paris. J’espère que je pourrai faire le marché avec de l’argent comptant, y compris le transport jusqu’à Strasbourg, et de là, sans présumer de mon humble position, je crois pouvoir faire embarquer le tout par voie d’eau jusqu’à Wurtzbourg, et pour ce qui est du reste (suspensions, protections et autres choses de ce genre), je pourrai les acheter à part, j’en vois tous les jours de nombreux exemples.
M. de Cotte a de nouveau été appelé à Versailles et il rentrera ce samedi à Paris, il a les plans que je lui ai fournis avec lui, je vais donc attendre son retour. J’ai également fait connaissance des tapissiers et je suis allé dans leur manufacture, on y trouve des pièces de tapisserie de toute beauté, mais très chères, à ce qui me semble, je vais donc tâcher d’obtenir davantage d’informations.
[39]
Je suis à la recherche de menuisiers et de décorateurs. Dans le travail du stuc je n’ai pas encore trouvé grand-chose sauf de belles corniches et des bas-reliefs dans les maisons. Si Votre Altesse devait avoir d’autres ordres gracieux à me donner, je peux tous les jours trouver moyen à élargir mes connaissances à cet effet.
Le temps hivernal n’empêche pas de voir tout ce qu’il y a dans les jardins, sauf qu’à Versailles je ne peux voir les fontaines jouer, ce qui ne compte pas beaucoup pour moi, et comme Votre Altesse m’a ordonné de rentrer vers Pâques, je m’organise d’après cette date, et j’attends la décision de Votre Altesse en réponse à cette lettre ; jusque-là j’aurai beaucoup à faire.
Sur ce, ma vie durant, en me recommandant très humblement à Votre Altesse, votre très humble
Balthasar Neumann.
[40]57 (ad)addendum 19 - Encart : o

A.
De chaque bouton au-dessus de la toiture en cuir des bandes en laiton repoussé en forme de feuillage convergent toutes vers le centre où se trouve un grand bouton ajouré et doré

A
Le pourtour de la toiture en cuir est aussi orné de solides galons

verre
verre
verre
B

7 pieds de haut
5 pieds 8 pouces de long

14 pieds 4 pouces d’un axe de roue à l’autre

petite roue
grande roue

B une petite bordure au point d’Espagne fixée par des clous enfoncés quatre fois recouvre toutes les parties en cuir

À L’intérieur du plafond qui est ici dessiné d’une manière irrégulière avec des crépines ou des feuillages massifs appliqués, les plus étroits de 3 pouces, puis, à la manière de rosettes ou en or mat des rosaces sont appliquées tout autour, comme indiqué à la lettre b-
ensuite les franges de Cardisan ou avec les franges en or massif entremêlées de fils d’or large ou long 5 1/2 pouces

A
Velours

feuillage
rosaces
5 1/2 pouces
franges

feuillage doré les extrémités en or

point d’Espagne

verre

4 pieds 2 pouces de large
tout le fond est doré et bien peint à la manière des grotesques

feuillage doré et rayons

Profil présentant l’intérieur du carrosse ; le tout revêtu de velours rouge de Gênes ; les coussins intérieurs avec des franges ; et toutes les coutures, bordures et ornements de galons et de galons tressés

Présentation d’un carrosse d’apparat en vente qui est très beau et toute la menuiserie est très belle, faite d’après des sculptures, et le tout doré, non seulement les rayons mais aussi les jantes dorées ; sur les roues du feuillage sculpté et doré. Toutes les attaches sont rouges et toutes les courroies découpées en pointe de flèche très proprement au niveau des boucles en métal ; des protections de suspension qui sont assez belles ; le tout est proprement proportionné, abondamment et bien doré, revêtu de velours rouge ; au-dessus des axes en fer, tout le carrosse est neuf.

Le siège du cocher est aussi proprement fait que le plafond du carrosse, avec les mêmes ornements et franges crépines dorées

feuillage découpé sur les attaches en cuir et sur les boucles.

[41]24 février
1723

Le 24 février 1723

Très honoré prince d’Empire, Votre Altesse, Monseigneur
,
Je continue humblement mon rapport à Votre Altesse. J’ai été tout droit chez Son Éminence le prince cardinal de Rohan et chez M. de Cotte, qui poursuit ses travaux sur les plans ; il continuera à travailler après là-dessus avec moi, et moi je pourrai exprimer mes objections ou lui dire ce qui peut se faire ou non. Mais je dois être patient, car le temps de M. de Cotte est très précieux, et il est tout le temps chez le roi. Je suis donc la plupart du temps chez Son Éminence, qui me traite avec beaucoup d’obligeance et veut presser la chose. Son Éminence m’a également dit qu’elle ferait tout ce qui était de son possible, qu’elle y mettait un point d’honneur. Je lui ai répondu qu’on n’avait pas le temps de tout faire, et que ce n’était pas nécessaire non plus de tout mettre au propre, et c’est ainsi que nous allons procéder, je vous enverrai mon rapport là-dessus.
Sa Majesté le roi a été lundi 22 au parlement accompagné d’un train superbe ; le soir, on a fait un feu d’artifice
[42]
dans la ville à l’hôtel de ville. Toute cette société va rentrer demain à Versailles.
J’ai pris des renseignements précis concernant la calèche dont je vous ai parlé dans mon très humble rapport précédent ; elle a coûté 17 000 francs. Quels que soient les désirs de Votre Altesse, qu’elle me dise ce que je dois faire et me fasse savoir quels sont ses ordres très gracieux.
Je n’économiserai ni le temps, ni les peines pour les réaliser ici, et sur ce, me recommandant très humblement, je reste ma vie durant, de Votre Altesse, le très humble et cher serviteur.
Balthasar Neumann
[43](22. - [...] Encart a.

1er mars 1723

Très honoré prince d’Empire, Votre Altesse, Monseigneur
,
Je ne manquerai pas de rapporter à Votre Altesse ce que j’ai trouvé ici dans nombre de belles maisons depuis mon dernier et très humble rapport ; Votre Altesse a souvent eu l’obligeance de se souvenir du raffinement et du caractère très ordonné que présentaient les appartements et les cabinets. Ce qui est le plus au goût du jour, et que ces grands messieurs préfèrent, ce sont les boiseries, la pièce étant entièrement boisée, avec des compartiments variés, là-dessus des feuillages sculptés parfois mêlés de mosaïque, dorés avec le fond entièrement blanc, les cheminées sont toutes en marbre avec au-dessus de grands miroirs, et des miroirs partout où l’on peut les mettre sans créer de désordre. Des consoles sont adossées aux trumeaux, pour vous en donner un exemple je vous joins un dessin de console en demi-lune dorée et ajourée, de même les grands lustres qui ne sont pas seulement de verre ou de cristal, mais faits selon la toute dernière mode avec du laiton doré, tout comme les appliques murales qui sont assorties aux lustres et à tout le reste. Les lits les plus élégants sont la plupart du temps dorés et placés derrière des colonnes
[44]
et entourés d’une balustrade dorée, qu’on trouve actuellement plus au goût du jour que les tapisseries, bien que j’en aie vues beaucoup et que j’en verrai encore d’autres. Je suis donc en train de dessiner tout ce que je ne peux trouver sous forme de gravure.
On m’a demandé de revenir demain à Versailles, où je vais examiner à nouveau les plans avec M. de Cotte ; je ne sais pas s’il est autant connu en Allemagne, je le trouve assurément, ainsi que son fils, de très bon conseil, son titre que l’on m’a indiqué étant : M. de Cotte, écuyer, conseiller du roi en tous les conseils, contrôleur général des Bâtiments, jardins et manufactures de France. Je vais tenir un conseil sur les constructions chez Son Éminence. Il m’a souvent répété que Votre Altesse pourra à la suite se servir à sa guise de ses projets – que ce soit abondamment ou non –, dans huit jours j’enverrai là-dessus une relation complète à Votre Altesse et je mettrai au crayon les modifications, ce serait une bonne chose si on pouvait ne pas trop avancer sur la maquette durant le peu de temps en ce qui concerne l’agencement intérieur ;
j’ai rencontré également un bon tapissier qui a travaillé à un lit de velours rouge, richement galonné et brodé de feuillages, ainsi qu’aux fauteuils et autres tapisseries, il a aussi travaillé en d’autres endroits, à ce que je crois, et ce que j’ai vu et appris sur lui ne m’a du moins pas fait mauvaise impression, il parle aussi allemand mais
[45]69
c’est un Français de Besançon, ville qui se trouve à 40 heures de Paris quand on prend la route de Strasbourg, il prend 600 francs par an, ce qui correspond à environ 100 thalers allemands, plus la table. Il faudrait que je lui avance les frais du voyage et s’il donne satisfaction à Votre Altesse, il est décidé à rester pour toujours en Allemagne, il dispose ici aussi de bonnes relations. Si Votre Altesse devait me faire la faveur de prendre une décision pour les voitures, je pourrais voir comment m’arranger pour qu’elles l’accompagnent. Je travaille encore à trouver les serruriers, les sculpteurs et les décorateurs.
J’ai vu de nombreux fabricants d’équipements d’attelages en métal et j’ai visité leurs ateliers, mais j’attends les ordres de Votre Altesse, pour ne pas prendre les mêmes modèles que ceux qui sont déjà sur les voitures. Je me suis également enquis de la fabrication de cheminées, j’en ai vu nombre de fort belles, que je pourrais me procurer. J’ai réfléchi à la manière de pouvoir les transporter, et si le temps est trop court pour aller cette fois-ci aux Pays-Bas, je laisserai mon laquais, en qui j’ai toute confiance, pour s’occuper des affaires à transporter, et je continuerai mon voyage par cheval de poste.
M. von Pfütschner de Nancy, par la lettre close que je vous joins, a rappelé à mon souvenir un homme très habile, ainsi que Votre Altesse pourra le lire elle-même, je l’ai vu moi-même et je lui ai parlé, et je peux assurer que tout est vrai et certain, et qu’on en tirerait de bonnes choses. Et si Votre Altesse, sans vouloir présumer de mon humble position, devait avoir envie de le voir,
[46]
il aurait l’honneur de se tenir à la disposition de Votre Altesse. Du point de vue de M. von Pfütschner on lui accorderait une grâce, car c’est lui qui est l’instigateur de cette démarche et qui a dépensé déjà beaucoup de ses propres deniers pour avoir l’honneur de servir Votre Altesse. Votre Altesse ne déclinera pas ma demande, sachant qu’ordinairement je n’aime pas l’importuner avec ce genre d’affaire ; et sinon rien de neuf ne s’est passé ici. Après en avoir terminé avec Versailles, je passerai la semaine d’après à la campagne pour y visiter les maisons.
Sur ce, me recommandant à votre Altesse, je demeure, ma vie durant, de Votre Altesse, le très humble et dévoué serviteur.
Balthasar Neumann

Ici c’est déjà le printemps et tout est en train de verdir, et on construit partout comme en été.

[47]67 (ad)addendum 22. - Encart a.
Monsieur
,
Comme vous m’avez fait entendre lors que vous étiez ici que de tems en tems vous aurez l’honneur d’écrire de paris à S. A. Monsgr l’Eveque et Prince de Wurzebourg j’ay cru me pouvoir servir de votre canal pour demander une grace à sa dite Altesse. j’ay ici aupres de moy un jeune homme agé de 24 .ans. natif d’ardenay en champagne que j’ay trouvé étant à la promenade avec nos princes dans un bois ou il gardoit des vaches l’aiant examiné et reconnû en luy une heureuse disposition pour les Sciences s’y étant appliqué de lui même sans guide et sans autre Secours que des livres ramassés chez les uns et les autres, et tout paisan et gardeur de vaches qu’il etoit me parlant avec assurance de l’histoire profane et sacrée, de la Geographie,
[48]
de l’astronomie, de la Geometrie et autres j’ay iugé qu’il ne falloit pas laisser perir un talent aussi heureux parmi les betes sauvages, que ne sortant quasi ni jour ni nuit des bois enseveliroit ce tresor pretieux que Dieu lui a donné s’il n’étoit secondé par quelqu’un pour etudier par methode ce que iusqu’à lors il n’a fait qu’avec irregularité en confondant les differentes Idées de plusieurs Sciences sans y voir clair ni sans les pouvoir bien developper faute de guide – ie l’ay dont retiré des bois et l’ayant eu aupres de moy pendant 6 à 11 mois. j’ay tout aussitôt decouvert en lui que ie ne m’etois pas trompé dans mon entreprise car ce jeune homme à fait en peu de tems un progrès prodigieux dans la latinité, si bien qu’en trois ans de tems il avoit fini sa rethorique à l’université du Pont à Mousson aiant remporté des prix dans toutes les classes dans cet intervalle je l’ay envoyé à Paris ou il à fait connoissance avec plusieurs de l’academie des Sciences qui l’ont tous admiré sur la solidité de Son esprit et de ses raisonnements sur les questions
[49]6868
les plus difficilles à resoudre. je puis dire qu’a present il n’y a gueres de faits historiques qu’il ne sache, il possede sa Philosophie moderne sur les nouvelles decouvertes et experiences faites en france et en Angleterre. l’histoire des medailles et de l’antiquité est son fort. Il parle bon latin et l’ecrit encore mieux en un mot ce jeune homme étant sans vice ni defaut et ne faisant consister son bonheur que dans une etude et application continuelle deviendra surement quelque chose de grand en fait de science – et s’il trouve les moyens d’apprendre l’Allemand et l’Italien, il u aura de quoy faire un jour un de plus fameux Bibliothecaires de l’Europe. car dés à present on ne peut gueres parler de science telle que [...] ce puisse ètre, qu’il n’en connoisse les meilleurs autheurs. qu’ont écrit sur telle et telle matiere. Il m’a temoigné que sa vocation étoit pour l’État ecclesiastique il doit commencer son cour de Theologie et que les 2 premier{e}s annees il souhaitteroit
[50]
de les passer dans quelque université d’Allemagne pour apprendre en même tems la langue. en suite de quoy il pourroit achever sa theologie à Rome et apprendre l’italien – ce pourquoy Mre j’ay voulu vous prier de demander à S. Altesse de vouloir accorder à ce jeune homme une place dans son Seminaire à Wurzebourg pour deux ans peut-être auroit il par là le bonheur de se faire connoitre à de S. A. qui par rapport à Son merite pourroit ou l’accommoder dans la suite chez elle ou lui faire sa fortune ailleurs par sa haute protection je vous demande en graces Mre de vouloir vous interesser pour mon éleve bien persuadé que S. A. ne regrettera pas les bontés qu’Elle aura envers lui – quand Elle en verra le bon éffet – j’ay vous prie d’être persuadé que personne ne peut être plus parfaittement que moy Monsieur.
à Mre neumann Votre tres humble et trés Obeissant serviteur
de Pfütschner
[51]

Le 8 mars 1723

Très honoré prince d’Empire, Votre Altesse, Monseigneur,
J’aurais bien envoyé très humblement à Votre Altesse, avec la poste de mercredi, ce que je vous joins aujourd’hui, mais je n’ai rien pu y faire, car mardi matin, le 2, je suis allé à Versailles, où l’on m’avait mandé, et où je me suis rendu chez M. de Cotte afin de travailler avec lui aux plans, ce qui s’est donc fait ; j’ai regardé les plans, exprimé mon avis contraire et dessiné mes observations, et rappelé quelle était l’opinion de Votre Altesse pour tel ou tel aspect, notamment parce qu’il me semblait qu’on avait un peu trop empiété sur les petites cours et qu’il avait rajouté de nombreux cabinets en plus de celui de la garde-robe ; en outre, un autre plan avait été dessiné avec une grande et longue galerie donnant sur le jardin d’en bas, la grande salle ovale avec les deux salles adjacentes – où on avait prévu la bibliothèque dans l’une d’entre elles – avait été ôtée, et les 2 pavillons avaient été transformés en 2 cabinets, tout comme à Versailles face au jardin ; il a laissé un des escaliers à l’endroit prévu, et à la l’emplacement de l’autre il a mis l’église.
Comme, par la poste d’avant-hier, donc le 6, j’ai reçu les premières lettres du conseiller Fichtel,
[52]
je vous envoie un plan à la mine de plomb de l’étage principal, où Votre Altesse voudra bien voir les intentions de l’architecte. La raison pour laquelle mon dessin n’est pas achevé et mis au net est la suivante : Son Éminence le prince, ayant demandé de voir les plans et projets de M. de Cotte, on a donc décidé d’apporter tous les plans le mercredi 3 mars à son Éminence M. le cardinal et pendant une heure on y a tenu un conseil sur la construction. Mais comme j’avais vu les plans avant Son Éminence et que je ne voulais pas réfuter seul dans cette séance M. de Cotte, j’ai profité de l’occasion pour en parler auparavant à Son Éminence et lui expliquer pro informatione ce que Votre Altesse aimerait bien voir ; c’est donc ce qui s’est passé, et en présence de beaucoup d’autres messieurs, et en particulier d’un comte de Salm, qui parlait aussi allemand, j’ai pu donc faire comprendre à M. de Cotte qu’il devait modifier ses plans. Il a dit qu’il s’agit d’un bien grand édifice et qu’il fallait beaucoup l’étudier, et cette semaine, je crois dimanche, comme je retourne de nouveau à Versailles, je vais pouvoir recevoir les 2 plans, y compris l’élévation donnant sur le jardin. Sur ce j’espère que ce samedi 13 je recevrai de
[53]7171
Votre Altesse une nouvelle lettre avec ses dernières intentions afin d’être plus au fait de ce que je dois faire dans cette affaire, et savoir si je peux remercier les personnes concernées et prendre mon congé ; je m’étonne moi-même que Son Éminence le cardinal de Rohan se donne tant de mal. M. de Cotte a également modifié l’élévation sur le jardin : au lieu de l’attique au-dessus de la salle il a dessiné un dôme octogonal et, de même, il a supprimé l’attique donnant sur la cour d’honneur, et il a placé le frontispice sur les colonnes dégagées ; il n’y a pas lieu de se faire d’inquiétude sur le poids de l’ensemble, car on voit ici et ailleurs beaucoup d’exemples semblables ; la façade sur jardin face au bastion n’a que des fenêtres en plein cintre au rez-de-chaussée, et à l’étage des fenêtres avec des linteaux incurvés et au-dessus les fenêtres de la mezzanine ; mais je dois céder car les architectes ne suivent pas complètement ce que je leur dis, et je considère que Votre Altesse décidera de toute façon plus tard ce qu’elle voudra, et que c’est le moyen d’avoir les plans des Français ; et comme le dit M. de Cotte, la décision de Votre Altesse lui importe peu, qu’elle décide de garder beaucoup ou peu d’éléments, selon son bon plaisir. J’ai parlé avec ses gens, qui sont de très bons architectes, et qui aident à faire le travail, et j’ai l’intention de donner à chacun d’eux une pièce de 5 ducats ayant emporté cet argent exprès ; les plans
[54]
définitifs seront faits, je ne peux apporter les modifications dans mes plans, surtout que tout ne recevra pas l’approbation de Votre Altesse, et je ne les ai pas encore en mains ; je ne les recevrai que le 14.
J’ai vu ici tout mon soûl des travaux de serrurerie, il me sera facile d’en faire des copies, et si je peux avoir de très bonnes serrures toutes faites, j’en prendrai une avec moi. J’ai maintes fois assisté à des travaux de serrurerie, mais les serrures et les ferronneries n’ont pas tout ce que je désire ; à partir de ce que j’ai vu, je voudrais en composer moi-même, et si j’ai encore le temps et l’occasion de les faire fabriquer selon mes ordres, j’en ferai faire plusieurs. Je vais également faire faire des petits modèles de chaises et de lits. J’ai vu des appliques murales et des chenets de toute beauté, et j’en ai choisi chez les maîtres artisans, de même pour les grands lustres, que ce soient ceux qui sont de la plus belle facture, en métal ciselé et dorés, ou ceux qui sont en verre, et j’ai pensé m’organiser de la manière suivante : si Votre Altesse achetait à la rigueur les calèches et n’avait pas l’intention de me faire parvenir de l’argent supplémentaire et qu’en raison du manque d’argent, comme il faut continuer mon voyage, je ne pouvais acheter tout ce que je désire, car ces objets dorés coûtent de 500, 800 à 4 000 francs, je pourrais cependant commander tout cela plus tard par écrit,
[55]72
ce qui se fera conformément aux ordres que j’aurai reçus de Votre Altesse. J’ai déjà acheté beaucoup de gravures sur cuivre de toutes sortes, telles que celles de Berain qui se présentent comme celles de Marot.
Sinon je n’ai pas de nouvelles particulières de Versailles. Le roi va bien, j’ai été déjà 5 fois à Versailles, et j’ai vu beaucoup de maisons de campagne comme Saint-Cloud, Meudon, Issy et d’autres de ce genre, mais je trouve que tout est plus beau ici à Paris, seule la manière d’agencer les jardins et les bâtiments de ces maisons valait la peine d’être vue. C’est une bonne chose qu’on travaille à clore le jardin par des murs ; et le jardin reçoit l’approbation de tous, ainsi que le réservoir d’eau sur le bastion, chose que j’ai vue principalement à Versailles et où j’ai pu remarquer que lorsqu’on a besoin d’eau, on construit un très grand réservoir en dehors de la ville, qui permet de faire tout ce qu’on veut, ainsi que je l’ai déjà exposé très humblement à Votre Altesse ; je vous ferai parvenir mes explications et j’assure Votre Altesse que je veux étudier la chose jusqu’aux fondations et que je ne ménagerai pas les pourboires pour tout examiner à fond et prendre les mesures nécessaires à cet effet. Comme, de toute façon, je ne pourrai recevoir à temps les ordres de Votre Altesse et que
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je vais devoir poursuivre mon voyage vers la Hollande, si entre-temps Votre Altesse devait avoir la bonté d’envoyer des instructions, je me permets, sans présumer de mon humble position, de lui recommander de confier le courrier à la poste principale, pour que les lettres soient gardées jusqu’à ce que je puisse les y chercher, procédé que M. le conseiller Fichtel connait, d’après l’ordre donné par Son Altesse ;
et j’ajoute très humblement qu’ici il y a aussi un autre tapissier, originaire de Franconie, dont j’ai fait la connaissance dès mon arrivée ; j’ai examiné abondamment sa façon de travailler, il a de beaux dessins qu’il fait lui-même pour des lieux de qualité ici depuis 3 ans, et les compose aussi à la manière française ; il a été à Vienne, et maintenant il veut aller en Hollande et en Angleterre, où il désire passer encore une ou plusieurs années. Je l’ai donc mis au courant de ce dont il devrait s’informer en priorité et de ce qu’il devrait dessiner, c’est assurément un cousin du tailleur de la cour de Wurtzbourg ; mais je le trouve aussi très bon, dans le cas où l’autre ne resterait pas pour toujours auprès de Votre Altesse, celui-ci viendrait entre-temps certainement à Wurtzbourg et je crois que ce serait une bonne chose.
Sur ce je me recommande très humblement à Votre Altesse et demeure, ma vie durant, de Votre Altesse, le très humble et dévoué
Balthasar Neumann
.
[57]

Le 10 mars 1723

Très honoré prince d’Empire, Votre Altesse, Monseigneur,
J’ai reçu il y a deux heures seulement par l’intermédiaire de M. le conseiller Fichtel et M. Röscher les ordres très gracieux de Votre Altesse, et je vais m’empresser de les exécuter. En ce qui concerne le temps et les occasions qui restent, et surtout les intérêts de Votre Altesse et de l’évêché, il sera de mon souci quotidien, et je ne ménagerai aucune peine, d’y attacher tous mes soins et efforts. En premier et second lieu je vais rendre ma très humble visite à Son Éminence le cardinal de Rohan et au marquis de Livry, troisièmement je savais que Son Excellence M. von Sickingen apporterait les plans de Mannheim, et j’espère obtenir une copie des plans de Saverne par l’intermédiaire de Son Éminence le prince. En ce qui concerne les chaises, Votre Altesse a dû voir plusieurs informations dans mes rapports précédents, et depuis j’ai rencontré les meilleurs maîtres artisans, ce que je continue à faire tous les jours.
Quatrièmement, je ne manquerai pas de faire ample connaissance avec M. d’Iberville, à qui j’ai déjà transmis le compliment de Votre Altesse, et qui offre tous ses services ;
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cinquièmement, je vous enverrai bien humblement le prix pour la garniture d’or et d’argent ainsi que de soie, de même que le dessin avec les mesures ; M. de Reigersberg a seulement été chargé de la commission d’envoyer la garniture dorée, je vais encore voir le modèle que je vais acheter et je vous l’enverrai bien humblement avec d’autres choses.
Sixièmement : en ce qui concerne divers cabochons, boutons, ferrures de portes, appliques murales, chenets, dont j’ai parlé dans mes lettres précédentes, j’en ai choisi chez les maîtres artisans et je les prendrai non dorés pour partie, afin qu’on puisse en reproduire la forme et que l’or ne s’abîme pas.
Septièmement : en ce qui concerne le marbre blanc, je suis allé déjà de moi-même en voir beaucoup, mais à chaque fois j’ai trouvé que celui qui était très pur et très blanc était difficile à manier, comme le montrent les statues et les vases à Versailles et à Paris.
Huitièmement, j’ai appris bien humblement par votre lettre que M. le conseiller Fichtel devait retourner au pays, il partira donc d’ici le 28 ou le 29, en tout cas avant le samedi de Pâques, par la voiture de Strasbourg et Francfort.
Neuvièmement, par la poste d’avant-hier je vous ai entre-temps déjà envoyé un plan, où Votre Altesse voudra bien voir une idée ; quant au plan entier avec la façade sur le jardin,
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je le recevrai seulement dimanche, si dans l’intervalle rien ne vient empêcher Son Éminence le prince et M. de Cotte, et en ce qui concerne M. de Boffrand, je saurais bien maintenir l’équilibre nécessaire, et veiller à éviter toute jalousie. Votre Altesse voudra bien m’accorder le temps qu’il faudra pour ne rien précipiter, mais je recevrai tout et aurai leur avis, étant donné que jeudi 12 je suis invité chez M. de Boffrand pour discuter là-dessus ; cependant, comme l’un est toujours ici et l’autre à Versailles, je n’ai pu jusqu’ici vous envoyer bien humblement d’autres plans. J’ai protesté que Votre Altesse ne voulait pas modifier l’emplacement de l’église, et deuxièmement que celle-ci ne devait pas être plus petite, il m’a alors dit qu’il voulait développer ses idées premières et qu’il voulait voir ce qu’il était possible de faire, qu’il y aurait là des choses que Votre Altesse saurait agréer.
Dixièmement, les marches de l’escalier principal, qui sont de 11 pieds 9 pouces de large, sont trop étroites et l’endroit devrait être également agrandi, donc l’escalier devrait avoir plus de place ; je pense en envoyer les plans ainsi que les autres dans une huitaine de jours.
Onzièmement la disposition du jardin a été approuvée
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par les architectes, mais j’irai quérir encore d’autres avis. Quant au bassin sur la terrasse qui récupère l’eau en permanence, ils ne le trouvent pas bon, mais voudraient créer un bassin qui soit d’un meilleur effet. Ils n’aiment pas vraiment qu’on plante les arbres directement dans la terre, ni devant la petite cour, mais ils ont dit que si Votre Altesse l’exigeait, il faudrait alors y placer en face de belles pièces ou une galerie ; en ce qui concerne l’agrandissement du salon de musique, comme le montre le plan ci-joint, je le ramènerai également sur le tapis.
Cela peut se faire sans problème. Douzièmement, je vous enverrai très humblement les dessins des fenêtres de la chapelle au plus tard lundi, les tailleurs de pierre ont suffisamment à travailler sur les pavillons jusqu’à l’église.
Il y aura beaucoup à faire et je ne veux pas retarder mon voyage afin d’être fin avril ou début mai à Wurtzbourg. En ce qui concerne les arcades et la façade de la cour, sans présumer de mon humble position, je ne veux pas trop précipiter les choses pendant tout ce temps, car cela ne se fera probablement pas sans nombre de changements ; ce sera la même chose pour, treizièmement, l’orangerie,
et quatorzièmement je vous ai déjà écrit en ce qui concerne l’agrandissement de la salle donnant sur l’église Sainte-Afre.
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Les fourneaux et la cuisine ont certes leur place à cet endroit, mais à un autre endroit ils auraient eu plus de lumière, les plans finaux vous montreront à quoi cela peut ressembler.
Seizièmement beaucoup de gens vont m’être utiles et vont m’aider, et notamment pour continuer à entretenir mes relations avec M. de Cotte, quand Votre Altesse aura pris connaissance de certaines de ses idées et voudra bien écrire à Son Éminence le prince.
Dix-septièmement je vais éviter les jalousies et de me laisser entraîner là-dedans ;
dix-huitièmement je vais, de concert avec M. le conseiller d’Iberville, tout faire dans ce sens, et j’espère qu’avec le premier ou le second courrier de Votre Altesse je recevrai son obligeante décision en ce qui concerne les carrosses, et j’organiserai également mes achats, ce dont je m’entretiendrai avec M. d’Iberville. Je ne pourrai plus recevoir d’ordre répondant à cette lettre ou à mon prochain courrier, mais jusqu’à mon départ je continuerai à agir selon mon très humble devoir,
et sur ce je me recommande très humblement à Votre Altesse et demeure, ma vie durant, de Votre Altesse, le très humble et dévoué serviteur.
Balthasar Neumann
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Le 15 mars 1723

Très honoré prince d’Empire, Votre Altesse, Monseigneur,
J’ai bien reçu le 13 les ordres gracieux du 3 mars de Votre Altesse ainsi que la lettre de change de M. le chanoine Storneck pour la somme de 25 000 livres pour l’achat des 3 calèches. Je suis donc sur le point de conclure le marché, j’ai demandé conseil hier pour la 2e fois à M. d’Iberville et de nombreuses autres personnes, et plus rien ne vient s’opposer, si ce n’est que j’aimerais conclure le marché à un meilleur prix. M. d’Iberville, ayant reconnu hier qu’il n’était pas la personne idoine pour juger les objets et l’affaire en question, je n’ai pas voulu m’engager tout seul dans cette opération, et j’ai demandé conseil à plusieurs personnes, et j’ai trouvé encore une paire de belles rênes à la dernière mode. On veut me laisser le tout pour pas plus de 20 000 livres sans l’équipement pour l’attelage ; 10 rênes coûtant 1 000 livres, j’en aurai au total pour 21 000 livres, j’en serai sûr dans quelques jours. Avec le reste de l’argent je saurai acheter de beaux modèles de cheminées, d’autres rênes de calèches, des fauteuils, des canapés et des appliques, et tout ce que je penserai être bon d’acheter, toutes proportions gardées, et je ferai envoyer ces choses-là à Strasbourg et Mayence.
Je joins à cette lettre quelques plans,
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et Votre Altesse voudra bien voir les conclusions et réflexions de M. de Boffrand. Ce n’est pas encore un travail achevé, il est allé à la campagne à Châlons, et il reviendra après-demain, et il a proposé plusieurs de ses services, et afin de me conserver son obligeance, son appui et la possibilité de travailler avec lui, et pour que Votre Altesse ne soit obligée en rien envers lui, je veux lui faire quelques menus présents – toutes proportions gardées – afin de pouvoir faire avec lui ce que bon me semblera, et qu’il n’y ait pas de jalousies.
En raison des lettres que vous m’avez envoyées, je n’ai pu aller avant-hier à Versailles, mais cela se fera aujourd’hui, et après cela je pourrai envoyer par la prochaine poste à Votre Altesse mon très humble rapport sur les autres idées de M. de Cotte. Sur les plans, la dernière cour est devenue plus petite et carrée, mais tout cela dépendra du bon vouloir de Votre Altesse qu’on ne fasse pas la grande salle de billard et qu’on ne laisse que le large couloir derrière l’escalier. L’enfilade passant par la galerie et les grands salons n’a pas mauvaise allure,
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mais cela fait qu’on doit également un peu modifier le jardin, ainsi que le montre le plan ci-joint, et qui n’est pas totalement arrêté à cause des fontaines. Face au jardin on a la façade, et Votre Altesse daignera voir vers quoi tend le goût des architectes. En ce qui concerne l’autel dans la chapelle privée il n’a rien trouvé à améliorer, et cela a été approuvé par tous ; l’autel est fait, à la manière de Versailles et de Notre-Dame de Paris, en plomb et bronze doré. Il a été trouvé très bien de mettre en valeur les épitaphes dans les 2 ovales ; les dessins seront aussi exécutés par M. de Boffrand. Ce sont les 2 meilleurs, les autres sont d’un moindre calibre. De plus, le même a trouvé bon qu’à part sur la façade principale de la cour d’honneur on omette l’attique, ainsi que les 4 petits chefferons, car l’attique et les 2 chefferons pour ainsi dire se mangent et que sur cette façade, qui inclut aussi l’escalier, il ne faut pas mettre de fenêtres latérales, qui seraient trop petites, mais plutôt des arcades comme le montre le plan ; et, sur les 4 colonnes dégagées des 2 pavillons,
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il faudrait poser tout l’entablement et l’architrave, la frise et la corniche, qui doivent alors faire tout le pourtour de la cour d’honneur, sans être interrompus par les fenêtres de l’entresol, tout comme sur la façade donnant sur le jardin ; en revanche ils n’approuvent pas les petits chefferons ronds, et ils ne sont pas friands de colifichets. On a approuvé la suppression du Chiedelange rond, et on pourrait prendre sur la petite cour ce qu’on aurait besoin de lumière à l’entresol, ou mezzanine, situé sur le corps de logis face au jardin ; je veux poursuivre mon voyage aussitôt que possible et arriver fin avril ou début mai à Wurtzbourg, conformément à vos ordres très obligeants.
Sur ce je me recommande très humblement à Votre Altesse et demeure, de Votre Altesse, le très humble et dévoué
Balthasar Neumann
.
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P.S : En ce qui concerne l’église, tout le monde a préféré mettre également sur la partie inférieure des éléments d’architecture, et j’ai répondu que dans la chapelle de Versailles il y a aussi des arcades en bas, et on m’a alors répondu qu’on avait dû le faire en raison de la faible hauteur, et que c’est pour cela qu’on y avait mis tant de bas-reliefs et de sculptures. La salle donnant sur le cloître est maintenant suffisamment grande, et afin que, pour se rendre à la musique ou autre évènement, Votre Altesse n’ait pas à passer par un couloir ouvert à cause du rétrécissement de la cage d’escalier, on y a placé le grand salon, qui peut aussi être divisé en deux pièces, et on a agrandi l’enfilade des pièces, ce qui a également été approuvé ; la cuisine aurait plus de lumière sur le jardin que sur les cours, car le sol des cours est plus haut que le sol des jardins et les fenêtres des sous-sols ne peuvent pas aller plus haut.

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Le 16 mars 1723

Très honoré prince d’Empire, Votre Altesse, Monseigneur,
J’envoie mon très humble rapport à Votre Altesse : je me suis rendu lundi après-midi à Versailles, avec l’intention d’aller chercher les plans chez M. de Cotte, mais cela n’a pu se faire car il était absent, se trouvant autre part ; c’est pourquoi je n’ai pu vous envoyer humblement quoi que ce soit de lui. Je vous envoie donc le dessin de l’extérieur des fenêtres de l’église, qui a été approuvé ici, bien qu’on ait bien disputé des fioritures sous le rebord de la fenêtre, mais j’ai expliqué qu’il fallait prendre en considération le fait qu’il y avait aussi des ornementations sur les autres fenêtres de ce côté, et donc on les y a laissées. Les éléments d’architecture sont de toute façon prépondérants, les jambages sont indiqués en B, mais il ne s’agit pas de jambages à proprement parler, parce qu’on y a incorporé des pierres rectangulaires qui peuvent avoir une hauteur double afin de mieux sceller au mur, ce qui pourrait s’appliquer de même aux fenêtres d’en haut. Les fenêtres sont faites de cette manière, car elles sont plus larges et les impostes en A sont ainsi mieux faites, déplacées vers le bas, elles ont meilleure apparence et ont été approuvées.
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Le rebord des fenêtres ne doit pas être rabaissé contre les joints en D, les impostes sont posées à l’intérieur et à l’extérieur à la même hauteur, c’est juste que celles qui sont à l’intérieur sont travaillées avec plus de soin. L’autre partie, tout comme l’intérieur de l’église, avec son architecture, a été entièrement approuvée comme il est écrit en dessous, bien que j’aie fait la remarque que Votre Altesse demande que de temps à autre l’église soit tendue et ornée de tentures damassées et autres choses de ce genre, de sorte à ce qu’on devrait la faire sans colonnes et seulement avec des arcades et des piliers massifs, mais on me disait que tout ce qu’on y accrocherait ne serait pas aussi précieux et beau que l’architecture, et cependant il ne faudrait pas envisager des colonnes dégagées si on ne les voulait pas vraiment, mais cela dépendra de la volonté de Votre Altesse. En ce qui concerne la forme, rien n’a été modifié sauf qu’à l’intérieur on l’a faite un peu plus arrondie, si bien que la longueur, au lieu de faire 72, en fait 70.
J’ai conclu le contrat pour les 3 calèches avec en plus de très belles rênes, à savoir 10 attelages, pour 19 600 livres, mais apparemment je ne recevrai l’argent du change pas avant
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le 31 de ce mois. J’ai négocié 3 jours durant avec eux avant qu’ils ne cèdent, je laisse préparer le tout et intégrer les franges, et je me procurerai tout ce qu’il faut encore ; avec les calèches j’enverrai aussi une missive au général von Roth, car celui-ci se trouve également à Strasbourg et a de bons amis, et pourra s’en occuper. Ici se trouve le fils du magistrat Pforden, un compatriote, qui accompagnera le tout, et je lui confierai quelques commissions, et je conclurai un contrat avec lui à ce sujet pour m’assurer de la chose ; et j’attendrai bien humblement les occasions de faire des emplettes avec le reste de l’argent.
Sur ce je me recommande très humblement à Votre Altesse et demeure, de Votre Altesse, le très humble serviteur.
Balthasar Neumann
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Le 22 mars 1723

Très honoré prince d’Empire, Votre Altesse, Monseigneur,
J’ajouterai à mon très humble rapport fait à Votre Altesse que j’ai bien reçu la dernière, c’est-à-dire la deuxième lettre de change, et que j’ai pu lire dans la lettre de M. Röscher qu’aucune lettre n’est arrivée aux deux jours de poste, je sais que depuis que je suis ici, c’est-à-dire 6 semaines, il n’y a pas eu plus d’un courrier par semaine, la raison en est les voyages à Versailles et que les lettres restaient en attente entre les jours de poste ; et cette semaine je suis allé deux fois à Versailles, la dernière fois j’ai terminé mes affaires avec M. de Cotte et il m’a remis les 3 plans. Mais le résultat ne correspond pas complètement à ce que j’avais donné à comprendre en présence de Son Éminence le cardinal, et ce à quoi tendaient les intentions de Votre Altesse, et je ne pouvais plus rien changer ; les plans serviront à en extraire le goût à la mode d’ici, mais j’imagine facilement que Votre Altesse aura beaucoup de réflexions à faire à ce sujet, et dans l’intervalle j’étudierai la chose durant mon voyage. Je ne m’attarderai donc pas avec mes humbles remarques sur ces plans, car tout d’abord Votre Altesse verra elle-même les plans joints à cette missive et les copies,
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chacun des jeux représentant un étage principal sous deux manières différentes – l’église ne me convient certes sur aucun d’entre eux – avec une élévation de la façade donnant sur le jardin ; vous verrez tout de suite vers quoi tend son opinion et la disposition ; maintenant que je m’apprête à prendre la route, il est probable, comme je le pressens très facilement, qu’il ne sera pas possible de continuer les travaux de construction envisagés sans certaines modifications.
M. de Cotte s’est montré très courtois lors de mon congé, et comme il a demandé des détails sur le nom de Votre Altesse, le lieu et la ville, je lui ai dit, s’il voulait bien ne pas mal l’interpréter et en savoir plus, que j’avais sur moi des médailles de 5 ou 6 ducats de Votre Altesse que j’ai voulu lui donner, et c’est ce que j’ai fait, mais il a protesté qu’il ne voulait pas me voler, j’ai protesté en retour que je n’avais point l’intention de faire autre chose que ce que mon maître m’avait donné l’occasion de faire, ce qui me semblait être bien approprié car ces médailles portent votre portrait – et ses scrupules se firent discrets. J’ai également donné quelque chose à ses gens, il a de nouveau offert d’écrire et de répondre, et je vais lui écrire et lui demander ce qu’il serait encore possible de faire.
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Je n’ai pas encore fini mes affaires avec M. de Boffrand, et bien que je ne puisse pas avoir de plans de sa part en partie à cause du manque de temps et en partie pour éviter toute jalousie, je vais tout de même prendre son avis et écouter ses raisonnements, j’avais fait un bon début de ce côté-là, j’ai commerce plus libre avec lui et j’exprimerai toutes mes objections, afin que la construction corresponde davantage aux intentions de Votre Altesse ; je rapporterai tout le reste bien humblement par oral, et donnerai mon avis sur la chose,
avec l’approbation de Votre Altesse. En ce qui concerne les calèches, nous sommes sur le point de les emballer, et aujourd’hui nous allons conclure le contrat avec les transporteurs. Il y a quelques jours Son Éminence le cardinal a reçu des lettres de Son Éminence le cardinal de Spire, ce qu’elle-même m’a appris ; j’ai profité de l’occasion pour la mettre au courant du fait que, sur l’ordre très obligeant de Votre Altesse, j’avais acheté les voitures du duc d’Osuna et j’ai parlé du prix, qu’elle a tout à fait approuvé, et par la même occasion nous avons parlé d’une autre voiture qui à elle seule valait 28 000 livres
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et je lui ai dit que la première calèche était une calèche de grande qualité et qu’elle allait très bien avec les autres. La raison de ce prix est que le vendeur avait besoin d’argent et qu’il voulait payer ses dettes. Si l’argent du change m’avait été payé tout de suite ici, j’aurais pu partir avant les fêtes, mais je ne recevrai l’argent que le 27 et je dois donc me servir de crédit afin de pouvoir expédier les calèches d’ici encore avant les fêtes. Ici à Paris, et malgré mon humble position, j’ai été très bien guidé et conseillé, j’ai été dans les maisons les plus élégantes, et j’ai également été voir la maison de M. le duc d’Orléans où, à côté de nombreux objets rares, on découvre de la peinture ancienne en abondance, je trouve que, dans les décorations des appartements, tout est très beau et de très bon goût, et j’ai acheté nombre de gravures de toutes ces choses, et
sur ce je me recommande très humblement à Votre Altesse et demeure, de Votre Altesse, le très humble et dévoué serviteur.
Balthasar Neumann

Je vais adresser les calèches à Strasbourg à M. le résident de Mayence, et par la même occasion j’écrirai à M. le général von Roth, pour que, sans présumer de mon humble position, il écrive également à M. le résident, afin que l’affaire aille plus vite.

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Le 24 mars 1723

Très honoré prince d’Empire, Votre Altesse, Monseigneur,
Je fais donc mon très humble rapport, répondant aux ordres très gracieux de Votre Altesse donnés le 13 et transmis le 23 par M. Röscher : avant vendredi après-midi les 3 calèches seront parties d’ici avec tout leur équipement, et elles seront suivies de nombreux objets dont je vous enverrai la liste par la prochaine poste – des chenets avec leurs accessoires de la plus belle sorte, dorés et non dorés, de belles appliques à doubles bras à accrocher au mur, tout cela doré et non doré, et j’ai quasiment été obligé, en raison du beau travail et du cadre doré, de prendre le miroir qui allait avec, et de même des cadres dorés, des fauteuils et des canapés, et tout ce qui pourrait servir de modèle et montrer aux sculpteurs la manière la plus récente de réaliser ici ces sortes de choses ; et comme l’occasion se présente, viendra aussi un tapissier comme j’ai pu très humblement vous l’annoncer dans mon précédent rapport, et aussi un bon doreur dont j’ai vu le travail et dont on m’a dit beaucoup de bien et que M. de Boffrand juge également être habile car il sait aussi bien réaliser de la dorure sur bois que sur plâtre.
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Il a demandé 1 200 francs par an, mais pour la première année j’ai pu négocier 1 000 francs, avec l’approbation de Votre Altesse, j’ai trouvé certes ce salaire élevé, mais j’ai pu obtenir la possibilité, si Votre Altesse ne voulait plus l’employer, de pouvoir à tout moment le renvoyer. Ce dernier est marié ici, c’est un homme de presque 48 ans, en monnaie allemande il coûtera 190 thalers.
Je suis toujours à la recherche des statues que Votre Altesse a réclamées, mais pour l’instant je n’en ai trouvé que 2, que j’aimerais pourtant plus belles. En ce qui concerne le balcon donnant sur la grande cour, dont je vous avais parlé dans ma dernière missive, je vous en joins ici une vue en perspective et de profil avec la remarque que l’architrave posée sur les 4 colonnes dégagées doit être étendue comme indiqué en A et l’entrecolonnement doit être élargi, comme on le voit sur la coupe à la lettre B, afin que les fenêtres de l’entresol puissent encore y avoir de la place et que les proportions ne soient pas trop chargées. La raison principale en est que l’ensemble doit mieux correspondre à l’autre façade dans la cour principale, et donc on n’aura pas besoin de longues architraves sur chacune des 4 colonnades, comme on l’avait pensé au début,
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et on n’aura pas besoin non plus de poser de longues pierres sur chaque colonnade, mais de pierres de petite dimension assemblées avec des joints en biais, comme je l’indique par des petits points ; et si les maîtres artisans ne réussissaient pas à bien l’exécuter, je sais tout à fait comment faire pour les poser, mais on pourrait au moins poser les chapiteaux dessus, si on pouvait encore un peu attendre avec l’érection des arcades dans la grande cour, comme déjà mentionné dans ma précédente et très humble relation, car je n’ai pas encore totalement terminé avec M. de Boffrand ; mais je pourrai avancer là-dessus samedi et aujourd’hui j’ai beaucoup discuté et réfléchi sur les plans avec lui, je ne laisserai M. de Boffrand et personne d’autre voir les plans de M. de Cotte afin d’éviter les jalousies. En ce qui concerne la division du jardin en deux parties, que j’avais envoyée une première fois à Votre Altesse, M. de Boffrand l’a approuvée ; en ce qui concerne l’église, en revanche, nous travaillons encore à discuter son avis. Je travaillerai donc et ferai ce qu’il sera en mon pouvoir. J’observerai scrupuleusement la date convenue pour mon retour,
et sur ce, avec le très humble respect, ma vie durant, de Votre Altesse royale, je reste le très humble serviteur.
Balthasar Neumann
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Le 29 mars 1723

Très honoré prince d’Empire, Votre Altesse, Monseigneur
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Avec cette lettre je joins à Votre Altesse la liste de ce que j’ai pu encore acquérir à côté des calèches et de leurs beaux équipements, en fait de beaux chenets, appliques, statues, miroirs, objets dorés ou non dorés, en bois sculpté et en bronze, en partie pour servir de modèles, et qui sont de la dernière mode et manière de faire : tout ce que, sans présumer de mon humble position, j’ai jugé bon de prendre, afin de pouvoir montrer aux sculpteurs comment on devrait exécuter ces choses, de même des objets fondus et dorés, pour montrer comment fixer la meilleure couleur dorée, que ce soit sur du métal ou sur du bois ; et les 3 calèches sont parties d’ici le 26 au soir avec une voiture chargée de 2 caisses, dans la plus longue se trouvent des cadres de miroirs dorés et des objets non dorés, dans la plus petite on y a mis les objets en verre et les miroirs, avec cela encore 1 caisse contenant 2 crucifix de table dorés et une caisse lourde avec des objets en métal pesant plus de 2 quintaux, de plus 2 caisses dans lesquelles se trouvent les 10 garnitures de rênes pour les calèches ; tout cela a été fermé par la douane, y compris les calèches, et scellé au plomb et le tout devra donc arriver fermé à Wurtzbourg. De plus, avec le tapissier doivent venir
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un doreur, dont j’ai dû vous parler dans mon très humble rapport précédent, et le jeune compatriote, auquel a été clairement indiqué qu’il ne toucherait pas de défraiement de la part de Votre Altesse pour son voyage. Le doreur dont j’ai parlé est également un peintre et sait appliquer de la dorure sur le bois, le plâtre, le plomb et le métal, d’après les préceptes d’ici en ce qui concerne le plomb et la dorure ; il ne parle certes pas un mot d’allemand, mais je me suis renseigné sur sa personne, car ce qui compte est d’obtenir un bon ouvrage ; d’ici mercredi j’aurai terminé mon travail avec M. de Boffrand et je pense partir d’ici le 1er avril, ou au plus tard le 2 au matin. Avec ce courrier j’ai également écrit à M. Stehling, résident de Son Altesse le prince-électeur à Strasbourg, et précisé tout ce qui allait y arriver, et j’ai demandé de prévoir le transport par bateau en attendant, afin que tout soit apporté par voie d’eau à Mayence, entre-temps, et pour plus de sécurité, j’ai déjà payé le transporteur à la hauteur de 677, six-cent-soixante-dix-sept livres, que M. Stehling lui donnera à bonne réception de la livraison, si bien que le transporteur fera ce voyage à ses risques et périls. J’ai encore nombre de modèles de brides d’attelage et de boucles que je ferai suivre, et tout cela est en train d’être confectionné. Avec toutes ces dépenses, j’ai largement dépassé les 25 000 livres
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et j’espère que Votre Altesse n’en prendra point ombrage ; j’ai trouvé assez utile de pouvoir faire des copies de tous ces objets afin d’en composer par la suite d’encore plus riches, ce que je m’engage à faire. J’ai bien observé le goût des gens d’ici, et je pourrai l’imiter à la plus grande satisfaction de Votre Altesse.
J’ai été souvent chez M. d’Iberville, mais il a beaucoup de soucis en ce moment et donc il ne pouvait m’être de grand recours, un marchand de glaces m’a avancé le crédit nécessaire, et, sans vouloir présumer de mon humble position, Votre Altesse pourra lui donner le change correspondant quand elle le voudra bien, par M. Steitz de Francfort qui transmettra à Paris à M. Maçé, comme on l’a déjà fait par le passé, et cela devra alors être payé à M. Granier, marchand Au Carreau royal sur le pont Notre-Dame à Paris, à savoir la somme de 6 632 livres conformément à la liste ci-jointe ; M. Granier devra également payer avec cette somme le sellier, et en attendant j’ai trouvé bien bon ce procédé pour éviter que mon voyage ne soit retardé. D’ici mercredi je vous enverrai de Paris un autre humble rapport, avec tout ce j’aurai pu discuter avec M. de Boffrand. Il trouve l’église encore trop petite
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et voudrait bien l’agrandir sur les 2 cours. J’irai demain à Versailles pour y prendre congé de Son Éminence le cardinal et lui faire mes remerciements. Peut-être verrai-je aussi les jeux d’eaux ; les arbres, les jardins et les fleurs sont ici tout éclos ;
sur ce je me recommande très humblement à Votre Altesse et demeure, ma vie durant, de Votre Altesse, le très humble et dévoué serviteur.
Balthasar Neumann
[81] (Ad)Addendum 19 - Encart A

Le 17 février 1723 de Paris.

Liste détaillée des frais engendrés par les carrosses et pour l’achat des objets nouveaux en métal pour Votre Altesse, et envoyés d’ici le 26 mars au soir, à savoir
livres
19 600d’après le contrat pour le carrosse et le harnais
20pourboire
80à l’écuyer qui a remis une bâche pour une meilleure protection
700au sellier chez qui le grand carrosse se trouvait, pour 4 nouvelles roues, des attaches, cordes, bâche cirée et emballage
15pourboire
263pour nettoyer les harnais et pour y faire plusieurs nouvelles choses
10-pourboire
583-l’autre sellier pour l’emballage des 2 carrosses
10pourboire
28pour les charrons
492-pour les nouvelles franges et pour ce qui manquait, mais était déjà prévu
940-taxe versée à la Douane royale
60provision ; nota bene : le règlement prévoit en outre de payer 1 000 livres
70pour les bâches et l’emballage des caisses
6pourboire
8pourboire pour les charretiers
12pour un bon nombre de caisses que l’on va transporter selon le contrat
890à payer en acompte aux charretiers
23 691livres
pour les carrosses sans les frais que M. Stehling à Strasbourg doit payer aux charretiers d’un montant de 677 livres en outre
180au doreur M. le Preux en acompte
135au tapissier en acompte
60-pour un écran de cheminée en bois
62pour un canapé
12.pour une partie d’une chaise comme modèle
5-pour transporter à la maison
50-pour les fiacres ou les cochers qui m’ont donné un coup de main
200pour différents pourboires pour les architectes, paiement à continuer
650pour différentes gravures
1 000pour un grand miroir, orné d’un cadre doré
150pour un autre cadre doré
300pour 2 crucifix de table dorés
2 704sous-total
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750pour une paire de chenets dorés avec des putti, avec tous les accessoires inclus
150pour les caisses servant à emballer la table, le miroir et le cadre
430pour 2 lions pour la cheminée sans la dorure
380pour 2 chevaux pour la cheminée, l’un doré
170pour une paire de pendules rondes sur des socles
150pour une paire d’encoignures
1 456pour 7 statues en bronze
5pour les transporter dans le logement
60pour 2 batailles, aucune en bronze
350une paire d’appliques à doubles bras dorées à chaud
450dorées d’une autre façon
190pour 2 paires de chaises dorées comme modèles
322-pour une paire non dorée
265-pour une paire de harnais de carrosse, le tout coulé dans le métal, avec tous les accessoires, de la meilleure façon pour le grand carrosse, et 8 grandes boucles d’après la dernière mode
80-modèles de boucles de carrosses et de harnais, encore en cours de production, qui arriveront avec l’autre carrosse de campagne
45au banquier pour avoir avancé 8 000 livres quelques jours auparavant
5 240 sous-total
2 704 sous-total
2 3681 sous-total
31 632
31 632déjà dépensées ou somme totale
25 000reçues
6 632restent à régler par lettre de change au nom de M. Granier marchand au Carreau royal sur le pont Notre-Dame à Paris.
Sera indiqué à nouveau sur la prochaine facture quand je serai rentré chez moi.
Paris le 29 mai 1723.
Balthasar Neumann
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Le 3 avril 1723

Très honoré prince d’Empire, Votre Altesse, Monseigneur,
J’envoie encore d’ici mon très humble rapport à Votre Altesse, à savoir que j’ai mis mes affaires en ordre autant que possible et j’ai vu ce que le temps m’a permis de voir ; j’y ai trouvé ce qui me satisfait, et donc aujourd’hui je vais partir d’ici avec M. de Reichsberg pour Cambrai.
J’ai avancé suffisamment mes affaires avec M. de Boffrand, et donc je n’obtiendrai quasiment plus rien de lui que ses idées qu’il a seulement indiquées de quelques traits de blanc de plomb ; il a recopié les plans au blanc de plomb pour les avoir avec lui et il m’a assuré qu’avant que je n’arrive à Wurtzbourg il y aurait envoyé plusieurs plans par la poste, car lui-même avait aussi beaucoup à faire. À son avis, premièrement, dans la cour principale, là où il y a les 7 arcades, il faut faire avancer les colonnes sur les deux côtés et rajouter dessus un balcon, deuxièmement il ne faut faire qu’un escalier principal dans l’entrée du côté gauche et cet escalier devrait être entouré d’un déambulatoire sur tout le pourtour, tout comme M. de Cotte l’a déjà indiqué sur l’un de ses plans, et à l’emplacement de l’autre escalier on a une petite cour comme c’était déjà le cas et une antichambre tout au début qui mène à la salle des gardes ; troisièmement la chapelle reste de forme ovale,
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mais il y aurait en même temps une longue nef dans le bâtiment intermédiaire entre les cours, comme c’est indiqué par quelques traits de crayon à la mine de plomb sur le dessin ci-joint. Les chapiteaux sur les colonnes sont comme dans le modèle, j’en ai une esquisse de grande dimension sur moi que j’ai dessinée ; mais on ne les trouve pas bien, car on veut faire des chapiteaux, comme l’exige l’ordre correspondant, avec des feuillages, et comme rien n’a été fait pour ces colonnes à part les pierres brutes, Votre Altesse aura encore le temps de donner des ordres pour cela.
Je vais me hâter de faire mon voyage aussi vite que possible et je n’irai pas en Angleterre si Votre Altesse me donnait l’ordre d’aller à Amsterdam, afin de ne pas perdre de temps. Avant-hier j’ai encore été chez Son Éminence M. le cardinal de Rohan qui se déclare prêt à rendre service à Votre Altesse autant que le temps le lui permettra, chose qu’il fera avec plaisir, partout où il pourra lui être utile.
Son Éminence m’a encore demandé de faire savoir à Votre Altesse qu’entre-temps on pouvait acheter ici les carrosses et les chevaux de feu Madame. J’ai vu le tout : la grande calèche fait 7 pieds 10 pouces de long par le milieu et 4 pieds 10 pouces de large et peut contenir 6 personnes.
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Elle est dorée avec des franges, du crépon, le dessus ou impériale est recouvert de velours rouge et également décoré de franges, le prix en est cependant de 50 000 livres, avec 8 chevaux noirs et gris avec des extrémités grises pour 14 000 francs, en plus 8 chevaux pommelés aux extrémités blanches à 10 000 francs, et de nombreuses brides qui ont 5 ans, je dirais plutôt 7 ans pour l’une. Les rênes d’attelage que je vous ai déjà envoyées sont plus belles que celles-ci. Le premier écuyer, M. le marquis de Poulpry, m’a tout montré et m’a demandé s’il devait attendre un achat de ma part, je lui ai répondu qu’il fallait d’abord que j’écrive à Votre Altesse et qu’on ne devait pas s’attarder là-dessus, car il n’y aurait pas de réponse avant 4 semaines, que cela soit du goût de Votre Altesse ou non ; je me permets de vous en faire mon humble rapport car Son Éminence M. le cardinal avait fort envie de voir l’affaire conclue, bien que je l’eusse informé du fait que les autres calèches et leur équipement étaient déjà partis et que je ne susse point si Votre Altesse était disposée a en acquérir davantage, sans vouloir présumer de mon humble position. Si Votre Altesse avait le désir d’envoyer une lettre à ce sujet, l’adresse est « À M. le marquis de Poulpry, premier écuyer de feu Madame à l’hôtel des Écuries, rue du Bac vis-à-vis l’hôtel des Mousquetaires », pour lui dire s’il veut acheter quelque chose ou non ; j’ai dit à M. l’écuyer
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que les franges extérieures étaient très usées et bien noircies, et il m’a dit qu’on pouvait arranger cela ; j’ai dit alors que ces choses-là ne pouvaient pas toujours être réparées et je n’ai pas parlé davantage de la chose. Sinon j’ai encore acheté deux statues de métal fort bien faites, avec leur piédestal, qui pourront être payées après réception à Wurtzbourg, et je les ai fait expédier aujourd’hui par les diligences d’ici,
et sur ce je me recommande très humblement à Votre Altesse et demeure, ma vie durant, de Votre Altesse, le très humble et dévoué serviteur.
Balthasar Neumann
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P.S. Je viens à l’instant de vous écrire très humblement que je voulais partir de Paris avec M. de Reichsberg, mais comme c’est aujourd’hui qu’arrive la poste allemande et que je reçois mon courrier, et comme je n’ai rien reçu lors de l’avant-dernier jour de poste, j’avais pensé que si rien n’arrivait, je partirais ; mais comme Votre Altesse m’a mandé de ne pas partir avant d’en avoir reçu positivement l’ordre, j’ai accompagné M. de Reichsberg jusqu’à Chantilly, afin de voir ce domaine avec sa demeure pour la chasse, qui se trouve à 10 heures de Paris et appartient à M. le duc de France, où j’ai eu grand plaisir à admirer les jeux d’eaux et les bâtiments ainsi que la ménagerie et d’autres choses ; et hier soir je suis rentré à Paris.
En ce qui concerne les instructions que Votre Altesse a eu l’obligeance de me donner dans sa dernière lettre touchant les choses à voir avec M. de Cotte, à savoir de réaliser les plans et l’élévation, tout cela je l’ai déjà fait et je ne peux demander davantage à M. de Cotte, et de lui expliquer, comme je l’ai déjà fait, que Votre Altesse ne voudra pas permettre que les cours soient si étroites et les fenêtres si grandes, car la saison d’hiver est chez nous plus longue et plus rigoureuse, et donc nous avons beaucoup à faire avec le stockage de grandes quantités de charbon sous les toits et l’entretien des chandelles, ce qui est fort embarrassant ; et quant à l’église, M. de Cotte ne voulait pas démordre de l’endroit malgré la proposition que l’entrée donne sur la rue et que tous les gens ne doivent doivent pas passer par la cour, tout comme je vous l’ai déjà rapporté bien humblement dans ma précédente relation ; et donc non seulement j’ai 2 plans
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différents en mains, totalement terminés, mais aussi l’élévation, pour montrer ce à quoi cela doit ressembler ; et M. de Cotte m’assure que s’il peut nous être encore davantage utile, il suffirait de lui écrire par la poste et de demander les plans et l’agencement des pièces à l’intérieur, et il y répondrait aussitôt pour nous envoyer son avis ; j’ai apporté tout de suite votre lettre à Son Éminence le cardinal de Rohan qui se trouvait justement à Paris, avec le compliment et les remerciements, conformément aux instructions de Votre Altesse, ce que Son Éminence a fort gracieusement agréé ; et Son Éminence a ajouté que si Votre Altesse, dans sa prochaine lettre, devait davantage expliciter plusieurs points concernant ces plans, on continuerait à faire venir M. de Cotte, mais j’ai dit que tant que Votre Altesse n’aurait pas tous les plans de M. de Cotte, dont j’avais certes bien humblement envoyé des copies, ou tant que je ne serais pas revenu au pays et n’aurais pas présenté à Votre Altesse les idées de M. de Cotte, cela n’en valait pas la peine. Avec M. de Boffrand, qui m’assiste beaucoup dans cette entreprise, j’ai également terminé mes affaires ; il part dans 8 jours en voyage et il m’a assuré qu’il voulait tout envoyer par la poste, ainsi que je vous l’ai déjà appris par mon courrier. Les calèches et le reste ont déjà été envoyés il y a huit jours par la poste avec les objets de la liste, et tout cela devrait être arrivé d’ici le 8 à Strasbourg avec le décorateur ou doreur ainsi que le tapissier et le compatriote, à qui j’ai confié cette commission ; tout est scellé avec le plomb du roi, et accompagné des passeports royaux comme d’usage.
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Il n’y a pas de souci à se faire en ce qui concerne l’état des campagnes, il y a 7 personnes qui accompagnent le chargement, et j’espère que rien ne manquera à l’arrivée ; je n’ai pu renégocier d’avantage le contrat du tapissier, comme cela fait déjà huit jours qu’ils sont en route ;
au cas où M. de Boffrand ne devrait pas rentrer chez lui, je lui laisserai tout par écrit, et lui transmettrai mes intentions par un bon ami à lui que je connais également ; je suis suffisamment avancé dans mes discussions avec les architectes, ils ne sont pas au courant l’un de l’autre, et je veux rester crédible auprès des deux et éviter toute jalousie entre eux, et c’est pourquoi, auprès de bons amis, quand j’en ai parlé, j’ai juste dit que le propos final de mon séjour parisien était d’avoir l’opinion de MM. les architectes et qu’on récompenserait chacun selon son dû, et donc j’espérais que cela n’aurait pas d’importance et que j’avais bien fait ; et donc, si jamais ils devaient se rencontrer, comme cela arrive souvent dans certains travaux où ils sont amenés à correspondre, personne ne s’étonnerait que j’aie fait la connaissance de l’un et de l’autre, et c’est donc une très bonne raison pour ne pas prendre avec moi tout de suite un plan de M. de Boffrand et que celui-ci fasse son travail de sa propre volonté, afin de se donner l’honneur de plaire à M. d’Erthal et à Votre Altesse en raison de nos relations. De mon côté je suis resté plus longtemps ici que je ne le désirais. Je vois plusieurs choses concernant l’agencement et l’aménagement des bâtiments sur lesquelles il faudra prendre bientôt une décision et statuer sur leur composition ; et en ce qui concerne les réflexions à exprimer par oral, avec la gracieuse
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approbation de Votre Altesse, j’aurai besoin de trois mois pour y travailler et pour écrire le tout ; et donc je pense et j’espère que d’ici demain samedi et mardi, lors des 3 prochains jours de poste, je recevrai les très obligeantes instructions de Votre Altesse et entre-temps j’aurai l’occasion de voir également les jeux d’eau à Versailles. Jusqu’à la prochaine poste, dans huit jours à partir d’aujourd’hui, si je ne peux le faire demain, je vais rédiger une description brève et générale du goût qu’ont les architectes français aujourd’hui et de la façon dont sont faites les pièces et les garde-robes ainsi que l’ameublement des appartements. La plupart des fusils et des pistolets viennent d’Allemagne, et je vais aller voir tout ça. J’ai également découvert un très bon maître artisan du métal, je suis absorbé par la recherche d’un compagnon serrurier, mais je n’ai pas encore trouvé la bonne personne, j’ai également commencé à chercher un sculpteur pour les ornementations, mais je ne vous enverrai pas tout de suite ces gens : j’attendrai d’être arrivé chez moi et d’avoir l’accord de Votre Altesse pour leur écrire, et alors ils pourront venir tout de suite, car je n’ai pas eu le temps de tout faire et j’ai organisé la chose avec de bons amis de telle manière que je puisse à tout moment demander ce dont j’ai besoin à Paris, que ce soient des gens ou des ouvrages, des dessins pour l’intérieur des pièces et d’autres choses de ce genre. Je n’ai cessé d’entretenir le tapissier Klimpert de ces idées, je lui ai également dit sur quoi il devait le plus se renseigner et se qualifier, et je lui avancerai une bonne somme en thalers allemands sur son compte, ce que l’on fera par une lettre de change, j’en ai déjà parlé dans mon humble rapport il y a 8 jours, cet ami m’aide beaucoup et me donne du crédit.
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Le 7 avril 1723

Très honoré prince d’Empire, Votre Altesse, Monseigneur,
J’ai très humblement reçu les ordres obligeants de Votre Altesse du 27 mars, arrivés ici le 6 avril avec les remarques de M. von Ritter, qui m’ont permis de prendre entre-temps connaissance de l’avis de Votre Altesse sur les plans que je lui avais envoyés auparavant ; et déjà je n’avais pas cessé de me prononcer dans ce sens contre une réduction de la taille des cours auprès de MM. les architectes, et cela pour les raisons qu’avaient exposées Votre Altesse et que je connaissais bien, et j’avais même ajouté que c’était trop loin pour un grand seigneur pour se rendre à pied à l’église, on m’a répondu que l’on pouvait tout à fait l’y porter, sachant que la chapelle de Versailles est plus éloignée que celle-ci. Je n’ai pas manqué de faire toutes les observations possibles en présence de Son Éminence le cardinal de Rohan et d’autres personnes, mais M. de Cotte a persisté dans son idée de réduire la taille des cours et des autres parties concernées, ainsi que Votre Altesse le verra par elle-même dans les dessins que je lui ai envoyés il y a déjà 14 jours et plus, en plus de l’élévation du côté jardin qui s’inspire du goût français. J’ai également rappelé qu’il y a un plan où la grande galerie donnant sur le jardin de Sainte-Afre est trop large,
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et même si on en modifiait les proportions pour que la largeur soit plus équilibrée, les cours seraient également trop petites, alors que maintenant elles semblent plus grandes, mais tout cela je vous l’ai déjà raconté. En ce qui concerne les escaliers, Votre Altesse aura vu par les deux plans déjà reçus que j’ai veillé à défendre l’idée qu’avait eue Votre Altesse en ce qui concerne le premier escalier pour qu’elle soit gardée telle quelle autant que possible, et c’est ce que M. de Cotte a dessiné à la mine de plomb, et qu’il m’a donné ; mais ce dessin n’est pas à l’échelle, donc j’attends l’opinion de Votre Altesse sur ces plans réalisés après en avoir à nouveau discuté avec M. de Cotte ; et en ce qui concerne M. de Boffrand, qui ne va pas rentrer avant plusieurs jours, je vous ai très humblement envoyé par la dernière poste son opinion, avec lui je me sens plus libre de mes mouvements et donc j’ai de nouveau travaillé au plan afin de défendre autant que possible les intentions de Votre Altesse, et aussi pour qu’on ne dérange pas ce qui a déjà été bien avancé dans les travaux actuels ; je vais, sans présumer de mon humble position, défendre ce que je peux en ce qui concerne l’église et en particulier les 2 cours, et comme tout le monde trouve que l’église est trop petite et que Votre Altesse aura bien la grâce de trouver un moyen
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pour faire agrandir l’église, j’ai commencé à en effacer l’intérieur sur un ancien plan et je pense avoir fait tout ce que je pouvais pour défendre vos idées, et j’ai créé un renfoncement dans l’angle de la cour, comme Votre Altesse pourra le voir, mais cela n’aura pas besoin de sous-sols comme des caves et tout cela servira à l’espace ovale en saillie déjà prévu initialement et qui devait faciliter la communication ; cela fait un peu comme si on avait conservé l’extérieur de l’église tel quel, mais l’ovale a une meilleure forme et n’est plus aussi pointu, et de même j’ai rajouté un chœur qui s’inspire du chœur de Versailles, 2 oratoires, que j’ai notés, et l’endroit pour faire la musique comme je l’ai indiqué, et par la même occasion j’ai élargi l’espace qui permet de déambuler derrière les colonnes, comme Votre Altesse aura l’obligeance de le voir dans les esquisses à la mine de plomb ci-jointes. Ce jour de poste est arrivé trop vite après l’autre, et donc je n’ai pas eu le temps de tout copier convenablement ; par conséquent je me suis contenté de reporter les éléments à travers une chambre noire, il faut donc les regarder à l’envers, pour ne pas voir la cour avant à la place de la cour arrière. Les autres choses ne sont pas encore mises au propre, ce à quoi je travaille encore, à part l’escalier que j’ai déjà agencé, et je crois que, si Votre Altesse ne devait pas donner un avis positif sur l’escalier à la française, celui-là devrait être bon.
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En ce qui concerne l’écoulement des eaux je saurai trouver une solution et faire faire ce qu’il faut, je vais donc dessiner les autres façades et tout le plan à la mine de plomb, et après cela montrer le tout pour voir ce qui sera approuvé ou critiqué ; de cette manière les 4 pavillons restent dans la cour d’honneur et l’escalier ne manquera aucunement de lumière, car la cour arrière sera dotée de grandes fenêtres très régulières. Il y aura encore une centaine de choses qui se dessineront avant d’en avoir terminé, et que je rapporterai bien humblement à Votre Altesse ; il serait bien de ne pas trop avancer les travaux aux endroits pour lesquels subsistent des doutes, comme dans la cour d’honneur : les pieds-droits des arcades peuvent atteindre les impostes, ce qui convient, mais si on prend les grandes fenêtres donnant sur le jardin, la distribution des arcades sera certes correcte, mais on ne verra plus les appuis de fenêtres ; et si Votre Altesse voulait bien donner son accord pour les colonnes dégagées comme je l’ai noté ici et qu’on fasse là-dessus une terrasse, cela permettrait de gagner de l’espace pour les pièces, au lieu de rogner sur l’espace de la première petite cour, ce que montrera en outre la disposition finale. Je vais aussi faire à l’échelle l’escalier à la française et défendre l’idée des 4 pavillons pour voir ce qui peut se faire, car M. de Cotte a abandonné l’idée des 2 pavillons.
Demain, je vais aller avec plusieurs cavaliers à Fontainebleau et visiter des maisons de campagne,
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et samedi je serai de retour à Paris : c’est jour de poste et j’y attendrai les très obligeantes instructions de Votre Altesse. Entre-temps M. de Boffrand sera aussi rentré chez lui, M. le marquis de Livry n’est pas à Paris mais à Versailles, et le roi va aller à Meudon, où il devrait être présent tout le temps. Je vais voir si je peux obtenir un chien de chasse et comment le faire parvenir à Votre Altesse ; et les carrosses seront aujourd’hui ou demain sans faute à Strasbourg, avec tout le reste. J’ai vu beaucoup de fusils mais je n’en ai acheté encore aucun, mais je pourrai les faire envoyer très facilement par la diligence, bien que je ne les trouve pas si extraordinaires que cela. En ce qui concerne les soies et les velours rehaussés d’or et d’argent, je vais prendre des renseignements,
et sur ce je me recommande très humblement à Votre Altesse et demeure, de Votre Altesse, le très humble et dévoué serviteur.
Balthasar Neumann
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Le 12 avril 1723

Très honoré prince d’Empire, Votre Altesse, Monseigneur,
J’ai reçu les très obligeantes instructions de Votre Altesse, en date du 3, le 10 dans la nuit, car j’étais de retour de Fontainebleau et de nombreuses maisons de campagne, un voyage qui m’a procuré beaucoup de plaisir et où j’ai vu de nombreuses et belles demeures ainsi que la manière dont sont faits leurs jardins.
En ce qui concerne mon départ de Paris, celui-ci aura lieu, si Dieu le veut, le 15, et donc j’irai d’abord à Cambrai, Tournai, Bruxelles, etc., et comme après le temps pressera, je partirai de Schupbach et passerai par Wetzlar avant d’arriver à Francfort ; je ne veux certes pas trop me dépêcher en visitant les villes et les fortifications, mais je dois économiser mon temps ; cependant, si je devais avoir encore du temps et de l’argent, je voudrais bien, avec l’obligeante autorisation de Votre Altesse, de Wetzlar aller à Cassel en passant par Fulda, mais je ne ferai pas cela avant
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d’en avoir reçu l’ordre bien obligeant de Votre Altesse à Wetzlar chez M. Frißen ou à la poste ; je demanderai où elle se trouve, mais si vos ordres n’y sont pas, je reviendrai sans détour à Wurtzbourg en passant par Francfort.
Demain et aujourd’hui je vais encore avoir des entretiens avec M. de Cotte et M. de Boffrand au sujet des plans, et je soumettrai à M. de Boffrand mes derniers dessins avec l’église et l’escalier et d’autres détails, que je vous ai déjà envoyés, et sur cela je partirai d’ici. Votre Altesse aura pu voir dans les dessins que j’ai déjà envoyés le plan et l’élévation, qui ne comportent pas seulement l’avis de M. de Cotte, en particulier en ce qui concerne l’élévation ; on voit qu’ici, les deux avis se rejoignent ; mais je n’ai montré à aucun d’entre eux les plans de l’autre, et je n’ai pas fait de commentaires positifs en disant que c’était l’opinion de l’un ou de l’autre, afin d’éviter les jalousies ; et si j’en ai encore le temps, je les mettrai à la poste de mercredi
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avec un courrier pour Votre Altesse; mais si je n’y arrive pas, je lui enverrai de Bruxelles mon très humble rapport.
Je n’ai pu encore parler au marquis de Livry au sujet d’un chien de chasse, mais je le ferai mardi ou mercredi.
En ce qui concerne l’agencement des dessins, avec l’accord de Votre Altesse je pourrai y faire beaucoup de choses en une huitaine de jours ; on ne pourra réaliser les doubles pilastres dans la cour d’honneur ou les 5 arcades au lieu des 7, étant donné qu’on ne peut pas les placer près des 4 pavillons et qu’on ne pourra pas bien distinguer la façade avec tant de colonnes ; si on ne fait pas trop avancer l’église à l’intérieur des cours, cela pourra être compensé par un autre agencement. Je ne peux faire davantage en ce qui concerne les modifications à apporter aux plans ni en discuter plus avant avec les architectes, en particulier avec M. de Cotte qui aime surtout ses propres plans,
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avant que Votre Altesse n’ait l’obligeance de prendre d’autres résolutions et de retourner les plans aux architectes d’ici, si Votre Altesse devait avoir d’autres objections à formuler. Je ne peux les mettre tous d’accord, et cela me suffit d’avoir pris l’avis de chacun, avis qui ne sont pas tous exprimés dans les plans et que je pourrai présenter bien humblement à Votre Altesse. Je lui envoie donc l’autre partie incluant l’autre escalier à la française, et si Votre Altesse devait déjà avoir approuvé celui que j’avais envoyé, il conviendra aussi car la symétrie y est bien observée et le haut de l’escalier, à son aboutissement en B, mène vers les appartements de Votre Altesse, il faut juste terminer le dessin jusqu’au bout comme l’autre, et ce sera bien comme cela ; et comme la poste doit bientôt partir, ce qui ne me permet pas de vous donner davantage de mes bien humbles explications, vous en lirez déjà des détails dans ma très humble relation. Je vais me pencher sur ces dessins
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avec M. de Boffrand. L’agencement des pièces, marqué en rouge dans les dessins, pourra tout à fait se faire de cette façon, si la façade que j’ai envoyée à Votre Altesse devait lui plaire, avec seulement des pilastres simples, et doubles à l’extrémité du pavillon. Seules les petites pièces dans les pavillons n’ont pas rencontré l’approbation des architectes d’ici.
Votre Altesse a eu l’obligeance de rappeler qu’il fallait ménager l’argent afin qu’il ne faille pas envoyer une nouvelle lettre de change ; elle aura vu entre-temps la liste que j’ai jointe, mentionnant tous les nombreux objets que je lui ai envoyés et que j’ai eu l’occasion d’acquérir car je les ai presque tous trouvés nécessaires, espérant que Votre Altesse aura la grâce de l’agréer. Je pense pouvoir m’en sortir avec l’argent que j’ai encore sur moi et pouvoir financer le reste du voyage avec celui-ci, et aujourd’hui le chargement devrait, je l’espère, être envoyé de Strasbourg par voie d’eau. Les routes sont actuellement sûres, on n’entend pas le moindre incident, j’ai pris toutes les précautions possibles.
Sur ce je me recommande très humblement à Votre Altesse et demeure, ma vie durant, de Votre Altesse, le très humble et dévoué serviteur.
Balthasar Neumann
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Le 14 avril 1723

Note:
Voyage à Paris, compte rendu des bâtiments vus, à l’attention de l’évêque
Très honoré prince d’Empire, Votre Altesse, Monseigneur,
Je rapporte bien humblement à Votre Altesse qu’hier et avant-hier j’ai pris le temps de parler encore une fois des constructions à M. de Cotte ; il m’a dit que l’église et l’escalier étaient bien – projet que j’ai envoyé par l’avant-dernier courrier – mais il n’a pas changé d’avis sur le fait que l’église serait mieux plus près de l’escalier et il affirmait que dans le second pavillon en face du jardin il fallait mettre les grands cabinets, et j’ai expliqué toutes les raisons pourquoi telle ou telle chose était comme ceci ou comme cela. En conclusion, quand je serai arrivé à Wurtzbourg et que j’aurais fait mon bien humble rapport à Votre Altesse, à ce moment-là on lui écrirait de nouveau, et alors il répondrait aussitôt et donnerait là-dessus son avis, et je n’ai pu obtenir davantage.
Avec M. Boffrand, j’ai longuement discuté encore une dernière fois des dessins faits au blanc de plomb, que je vous ai également bien humblement envoyés, afin de connaître son avis là-dessus ; son commerce
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est plus aisé ; il est d’accord pour dire que dans l’église, seuls le déambulatoire autour du chœur et le chœur lui-même doivent être plus étroits, il trouve que le grand escalier est fort grand, et il n’a pas manqué de m’indiquer où placer les doubles colonnes, simples pilastres et colonnes dégagées, un ensemble sur lequel nous avons longuement réfléchi, ainsi que les chevrons, de même comment concevoir et placer l’attique ainsi que les corniches qui contournent le bâtiment ; et de mon côté j’ai bien expliqué et exprimé les idées que je m’étais faites à ce sujet ; et sur ce je lui ai laissé tous les plans en partie copiés pour lui par moi et en partie copiés par ses gens, et donc M. de Boffrand m’a assuré que d’ici un mois il ferait des plans d’élévation et de coupe à partir de tout cela, et qu’il enverrait bien entendu l’ensemble par la poste à Wurtzbourg. La correspondance est donc maintenant organisée. De plus, hier j’ai encore eu la chance d’avoir pu voir pour la première fois fonctionner les eaux de Versailles, ce qui m’a donné un grand plaisir avant mon départ, et j’ai l’intention d’aller encore aujourd’hui à Marly où je voudrais voir encore les eaux.
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Et demain, si Dieu le veut, je partirai d’ici. Pour les fusils et les pistolets, que Votre Altesse a eu l’obligeance de m’ordonner d’acheter et d’envoyer avec les calèches, il est maintenant trop tard, car celles-ci sont déjà parties il y a 8 jours, et je ne peux rien emporter avec moi par la poste à cheval ; mais j’ai fait en sorte que des bons amis puissent envoyer tout ce que l’on voudrait avoir. Je pense que j’arriverai le 5 mai à Wurtzbourg
et que les plans de M. de Boffrand arriveront 8 jours plus tard : après leur arrivée, tout sera plus aisé et sur le rapport bien humble que je ferai à Votre Altesse, il lui sera très facile de prendre une décision, et c’est pourquoi je ne saurais vous faire à présent d’autre humble rapport.
J’ai reçu il y a 3 jours mon passeport, signé par le roi et le cardinal Dubois. Le serrurier chez lequel j’avais commandé 2 modèles de serrures n’a pas encore terminé son ouvrage, mais il me l’enverra,
et sur ce je reste, avec mon très humble respect, ma vie durant, de Votre Altesse, le plus humble et dévoué serviteur.
Balthasar Neumann

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CC BY-NC-SA 4.0

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TextGrid Repository (2019). . Lettres du voyage à Paris de Balthasar Neumann, 1723. Architrave. https://hdl.handle.net/21.11113/0000-000C-4F61-F